March 4th, 1980

By invoking, as a pretext, the existence of [drug] trafficking [at Vincennes], the [University] Council decided to call on patrols, that a policing, a para-policing, a specifically university police. Such patrols would be called upon to verify student identity cards, and even worse, professors’ identity cards, requiring a photo. Worse yet: automobiles themselves. In short, a ridiculous control. The patrols were put into place, then it seems, three or four hours later, the Council revoked its decision. Immediately we became even more worried, wondering whether they either really committed a stupid error, or else this is going forward in another guise. So, what I need to say is that everyone understands the enormous difficulties and the forbidding regimen imposed by the control of student identity cards at the university entrance.

Seminar Introduction

Following publication of Anti-Oedipus in 1972, Deleuze continues to develop the proliferation of concepts that his collaboration with Guattari had yielded.

As part of this process of expanding these concepts in order to produce the sequel of Capitalism & Schizophreinia, A Thousand Plateaus, this series of 13 lectures on "The State Apparatus and War Machines" constitutes the major seminar of 1979-80 and Deleuze's penultiimate consideration of these concepts. He then returns to the history of philosophy with five sessions on Leibniz and then concludes the academic year, at his students' request, with two final sessions of reflections on Anti-Oedipus

English Translation

Edited

Instead of continuing with the discussion of the axiomatic and problems linked to, Deleuze addresses at length a problem of university and French national politics, the imposition at Vincennes (on the pretext of drug trafficking) of a system of “para-police”, on-campus monitors to verify both students’ and professors’ identity cards. Hence the entire session is devoted exceptionally to discussion with the students of the problem and possible tactics for response.

Gilles Deleuze

Seminar on Apparatuses of Capture and War Machines, 1979-1980

Lecture 10, 04 March 1980

Transcribed by Annabelle Dufourcq and Mariana Carrasco Berge

English Translation Forthcoming

French Transcript

Edited

 

Vue la crise qui a lieu lors des prises de position de l'administration universitaire, Deleuze consacre cette séance aux discussions avec les étudiants.

Gilles Deleuze

Appareils d’Etat et machines de guerre

Séance du 4 Mars 1980

St. Denis, Cours 10

 

Co-transcription : Annabelle Dufourcq et Mariana Carrasco Berge (avec le soutien du College of Liberal Arts, Purdue University)

 

(1)

… disparu sans qu’il y ait eu aucun problème. Alors, c’est toujours inquiétant, quand, la veille, il y a un problème et que le lendemain y en a plus. Or si je résume, je suppose que vous êtes tous au courant, le Conseil de l’Université a pris une mesure, parmi d’autres, mais je commence par celle-là : une mesure tout à fait insolite en invoquant pour raison, pour… prétexte, l’existence d’un trafic de drogue, alors que il semble un peu à tout le monde que, s’il y a jamais eu jamais de problèmes de drogue, notamment à Vincennes, il semble que, depuis quelques années, ces problèmes… soient de plus en plus… secondaires et n’ont… ont perdu même tout leur caractère… [?]. Eh bien, en invoquant donc…, comme prétexte l’existence d’un tel trafic, le Conseil a décidé de faire appel à des vigiles, c’est-à-dire à une police, à une para-police, à une police proprement universitaire. Lesquels vigiles seraient amenés à contrôler les cartes d’étudiant, pire encore : les cartes de professeur qui devraient apporter des photos. [Rires] Pire encore : les voitures elles-mêmes. Euh… enfin bref, un contrôle con, quoi. Les vigiles ont été mis en place. Il semble que…, trois heures après, quatre heures après, le Conseil revenait sur sa décision. Du coup notre inquiétude… augmente. On se dit : ou bien ils ont fait vraiment une… une bêtise insensée, ou bien… ça va être pris sous une autre forme. Or ce que je tiens à dire c’est que, tout le monde voit bien les inconvénients prodigieux et euh… le régime redoutable instauré par le contrôle des cartes d’étudiants à l’entrée d’une université. Tout le monde voit bien aussi que, si drogue il y a, ça n’empêche [?] rien quant au problème et quant au trafic éventuel de drogue.

Mais, moi je voudrais insister sur – dans la mesure où il y a toujours un risque que de telles mesures soient reprises – sur un aspect très précis, euh… qui concerne même pas les étudiants étrangers, parce que les étudiants étrangers, c’est trop évident que le contrôle des cartes est une mesure qui porte sur eux d’une manière encore pire, encore plus dure… bon, ça c’est évident. Une chose qui me parait moins évidente c’est que… euh… et à laquelle je tiens beaucoup, c’est que si un contrôle de cartes d’étudiant est instauré dans une faculté, cela signifie que la porte est fermée à ce qu’on appelle les auditeurs libres, qu’ils soient étrangers ou français. Or il me semble évident que, une université qui ferme sa porte aux auditeurs libres, est une université qui se ferme sur elle-même, qui tarit son propre recrutement, et qui devient une espèce de… d’école au sens de… d’école supérieure, au sens de lycée, quoi. Euh… Donc, je crois que c’est essentiel, vraiment très très important que… l’accès d’une université aux auditeurs libres soit… maintenu à tout prix, parce que c’est eux en même temps qui servent comme de garantie que, les étudiants inscrits et les étudiants étrangers ne seront pas euh… soumis à des contrôles…. Si l’on n’a plus le droit de faire appel à des auditeurs libres dans le cadre des UV, je dis que… il y a un danger absolu pour tout le monde.

[Intervention inaudible]

Deleuze : Je lis, je lis parce que, ça me parait la merveille, peut-être, à utiliser pour l’avenir. Je lis la lettre du euh… du Président, adressée au personnel enseignant. Je ne trahis aucun secret puisqu’elle se termine par : vous êtes invités à faire connaitre ces mesures aux étudiants. [Rires] Ces mesures ont disparu donc. Je lis donc : « un contrôle des cartes d’étudiant, aux entrées du campus, les enseignants, les personnels, les stagiaires de formation permanente, etc., recevront une carte individuelle ou une attestation ». Euh… bien, bien, bien… « Ces contrôles seront effectués par des professionnels ». [rires]… « Ces contrôles seront effectués par des professionnels.  Un ou plusieurs enseignants seront présents chaque jour à la loge… », vous voyez, le pauvre type de service, il faut encore qu’il accepte, euh… ce sera quelqu’un du Conseil puisque… « un ou plusieurs enseignants seront présents chaque jour à la loge, pour examiner les cas particuliers, entre parenthèses, auditeurs libres, visiteurs ». Alors, moi je me dis ici, hein… euh… je demande, pour… moi j’ai l’impression que… ici, et je suis pas le seul, il y a à peu près la moitié d’auditeurs libres. Hein. Bon. Ouais.

Voix féminine 1 : Qui c’est qui reste ?

Deleuze : Quoi ?

Voix féminine 1 : Je me demande s’il y en a même un qui… [inaudible]

Deleuze : C’est ça ! Ah oui ! Je dis pas du tout que ce soit un cas particulier, ici. Mais je suis sûr que, nous sommes plus de la moitié en auditeurs libres, ici.

Voix féminine 1 : [?] s’ils viennent…

Deleuze : Euh… alors, évidemment, moi j’imagine : rien que, ici, je suppose qu’il y ait… quarante auditeurs libres ou cinquante auditeurs libres. Vous… vous rêvez, vous voyez, hein, quel embouteillage on ferait, hein ! Hein, c’est le type… c’est le seul type de riposte possible, si… ce contrôle [?] euh… ça ferait...bon… Et alors en même temps j’ajoute, avant de… je voudrais votre avis à vous, que restent deux problèmes extrêmement urgents, même si l’on suppose, que cette histoire du contrôle ait disparu, moi j’y crois pas. Parce que… il y a quelque chose d’évident : pourquoi tout ça ? Je veux dire… on peut jamais se dire que les autres sont plus cons que vous…, pourquoi ils se sont mis dans cette situation ? Euh… annoncer le contrôle, mettre des affiches partout… et puis, en un jour, euh… revenir là-dessus. Je dis : c’est évident que certains courants, intérieurs à Vincennes même, ont un très vif intérêt à la politique suivante : comme c’est sûr que, on n’y coupera pas au transfert, donc l’année prochaine, à la rentrée prochaine, euh… un certain nombre même d’enseignants ou d’administrateurs doivent se dire que il faut, au besoin, une épreuve de force avant ; qu’il faut une épreuve de force avant qui permettra une normalisation de l’université, de cette université, une… normalisation de Paris VIII avant le transfert. Et, en effet, de leur point de vue, de leur point de vue c’est pas bête, hein. Il s’agit presque de régler les problèmes qui risquent de se poser au moment du transfert, de les régler avant. Euh… même quitte à faire de la provoc.

Or à cet égard, je dis que l’histoire « cartes d’étudiant » [?] une provocation particulièrement visible, mais que se poursuivent… - et le Conseil n’est pas encore revenu sur – deux autres mesures, à savoir : l’ouverture de la… faculté à la police des stupéfiants, et dans des conditions où là j’ignore… s’il y en a parmi vous qui savent, euh, par exemple, qui dit "police" dit "port d’armes", hein… euh… est-ce que ça veut dire qu’il y a des policiers armés qui se baladent ? Euh… quels sont leurs pouvoirs au nom de… euh… de leur enquête sur les stupéfiants ? Est-ce qu’ils peuvent arriver… euh… dans un cours… renifler s’il y a un petit joint ? [Rires] Et euh… et interpeller quelqu’un… euh… quelle est la limite de leur pouvoir ? Quelle est… je ne sais pas, ça n’a jamais été dit, à ma connaissance, par le Conseil. J’aimerais beaucoup que le Conseil précise… Alors en somme il y a, il y a des… y a des hommes de la police qui se promènent avec des armes, qui ont le pouvoir [?]… Or, sur ce point, le Conseil n’est pas tout revenu sur l’ouverture de l’université à la police des stupéfiants.

Deuxième point extrêmement important, qui me parait [?] abominable, c’est que, il y a eu, comme il y a dans toutes les universités, mais particulièrement dans celle-ci, il y a eu un petit nombre de faux dossiers. Ces faux dossiers sont liés et viennent d’une chose toute simple qui est la situation des étudiants étrangers actuellement. Or ces faux dossiers ont entrainé ce qui, à ma connaissance est quand même… rarissime, dans l’histoire de l’université, ont entrainé dans la part du Président, je crois bien, je crois bien que c’est lui qui nommément l’a fait, un dépôt de plaintes, alors que les sanctions administratives ont toujours existé, dans tous les corps professoraux, dans tous les corps de métier et que, généralement, il y a pas lieu…, mais il y a une vieille tradition universitaire, je ne dis même pas qu’elle [?] la tradition de Vincennes, c’est la tradition y compris des lycées, etc., euh… le Recteur à certains pouvoirs disciplinaires, etc. que… euh… on porte plainte que en cas d’assassinat… euh… Or, au nom de ces quelques dossiers faux, plainte a été portée, ce qui est très grave. Surtout que, un de ces dossiers faux, particulièrement grave donc, comportait une fausse carte de séjour, je crois bien ; si bien que le type contre lequel plainte a été portée, est évidemment extrêmement menacé. Or c’est évidemment inadmissible, de la part d’un Président d’une université, de porter plainte pour des… comment… comment dire, des défaillances ou des… euh… ou des euh… enfin trouvez le mot… [?] de nature administrative.

Alors je dis que, de nos trois problèmes, l’un a disparu soudain, merveilleusement, mais de manière incompréhensible, le Conseil revenant sur cette histoire de vigiles et contrôle de cartes d’étudiant… Les deux autres problèmes restent. Je ne suis pas sûr que le premier problème ne nous revienne pas dans… dix jours, quinze jours… et ou même que quelque chose se fasse pendant les vacances des Pâques, oui, oui, oui, oui… Alors ma question est que : je crois que… il serait très bon de prévoir des ripostes, très bon également de ne pas oublier les deux points : présence de la police dans l’université, premier point, deuxième point : cette affaire de plaintes pour trafic de dossier, pour dossiers faux, hein, et pour usage de faux. C’est deux point qui sont essentiels et pour lesquels il faut que le Conseil donne des explications, ou même le Président donne des explications…

Voilà. Quant à la possibilité, en effet, que quelque chose se fasse pendant Pâques, ben j’aimerais beaucoup que l’on arrive à prévoir des… des ripostes possibles, soit que, par exemple, quelqu’un proposait en effet la possibilité que… Qu’est-ce qui a fait que ça a marché très bien ? Euh… là… hier ? C’est que déjà le personnel administratif s’est groupé au lieu d’entrer [?] au lieu d’entrer… euh… un par un ou deux par deux, et peut-être de [?] se trouver face-à-face avec un vigile… euh…  ils sont entrés en bloc, donc les vigiles ont été immédiatement débordés. D’autre part je crois que les étudiants étaient très… eux-mêmes… employaient une technique très efficace, c’est-à-dire [?] du coup avec chaque vigile [?] [Rires] Or le fait est que tout heurt a été évité donc c’est trės, très bien. Ce qui m’inquiète encore une fois, c’est la manière dont le problème s’est… s’est brusquement évanoui. C’est comme si on nous disait : mais qu’est-ce que vous avez ? Mais il n’y a jamais rien eu ! Il n’y a jamais rien eu ! Alors : il y a bien eu quelque chose : on n’a pas rêvé. Et il y a des choses qui continuent.

[Intervention inaudible]

Deleuze : La situation à quel égard ?

[Inaudible]

Deleuze : Donc il est très important… Moi, je vois bien..., du côté des profs, je vois bien ce qu’on peut faire. Euh, c’est pas grand-chose, déjà, mais ce qu’on peut faire immédiatement, c’est : assaillir le Conseil de… de protestations et de déclarations, et de demandes d’explication. Demandes d’explication sur les pouvoirs accordés à la police, par exemple, etc., protestations contre le projet des vigiles… Bien. Et marquer.. le maximum de désaccord, euh… voilà. Du côté des étudiants, j’ai pas été à l’Assemblée Générale… hier. Qui y était ? Qu’est-ce qui a été décidé ? Qu’est-ce qui a été proposé ? Qu’est-ce qui…

[Interventions inaudibles]

Deleuze : Alors…

[Inaudible]

Deleuze : Eh oui, retour à la base. Alors… Eh ben, eh ben, parlons-en.

Intervenant 2 : Ça a l’air d’être très intéressant de jeter un coup d’œil [?] L’humanité a redistribué tout simplement la responsabilité sur le [?] du PS…

Deleuze : c’est vrai ?

Intervenant 2 : Tout simplement c’est lui qui est à l’origine du désordre vincennois à l’heure actuelle… Or on le sait, que la décision prise par [?] est cautionnée par le Conseil à majorité communiste… [?] c’est curieux quand même.

Deleuze : On me faisait remarquer que, en effet, le PC a une politique actuelle qui est extrêmement simple, qui est résumée par Marché lorsqu’il dit euh… « entre la drogue et les jeux olympiques, j’ai choisi les jeux olympiques » [rires], mais que, très bizarrement, euh… cette campagne contre la drogue, à un moment encore une fois… on a tous l’impression que la drogue, euh… on a tous l’impression soit pour s’en réjouir soit pour le regretter, que la drogue a cessé justement d’être un problème urgent. Alors c’est… c’est… c’est assez curieux … euh… que… qu’il y ait cette compagne, et qui réunit France-Soir suivant une formule… euh… bien éprouvée, euh… qui réunit France-Soir et PC. Or, ce qui est très curieux, c’est que cette campagne anti-drogue éclate et couvre à peu près… enfin [ ?Vincennes ?]. Je veux dire… il y a histoire du lycée…, c’est dans… c’est dans la Marne, hein, le lycée où les… ou le Parti Communiste a lancé sa campagne anti-drogue… c’est à Vitry ?

Voix féminine : Non, [?]

Deleuze : Non.

Voix diverses : [Inaudible]

Deleuze : Et à Vincennes, c’est sûrement lié à des histoires aussi de… de municipalité. [?] Alors, en effet, là… c’est… c’est quand même très curieux… pour reprendre ce que tu dis … euh…  la grande campagne que le Parti Communiste a fait à propos de ce lycée, là, en attaquant les profs, qui avaient soulevé la question des drogues dites douces, bon, et puis, c’est comme une relance ici à Vincennes qui serait, là… un relais opéré par Vincennes qui est très, très, très bizarre.

Intervenant 3 : Ce qui est curieux [?] au sujet des îlots de sécurité, [?] renforcer le dispositif policier pour rendre [?] vivable. [?] pour être en sécurité, il faut renforcer les dispositifs policiers par [?] la mise en place d’un [?]… fasciste [?] fiscal…

Voix féminine : [?] le Conseil [?] deux heures

Deleuze : Oui, oui

Brouhaha

Intervenante 3 : [?] à deux heures, alors tout le monde [?] l’AG, très calmement ; [?] plus d’une heure ! Et alors il a fallu que les étudiants aillent en masse chercher le Conseil : ils étaient bloqués là-dedans, ils voulaient pas sortir ils voulaient passer par la fenêtre…

Deleuze : Le Conseil, il voulait sortir par la fenêtre ?! [Rires]

Voix : Oui !

Deleuze : Il n’y a plus de dignité. Du temps de… euh… du temps du président précédent, qui était Frioux. Frioux avait une technique bien meilleure, hein… Euh… Frioux était encerclé par des étudiants, il prenait la tête du cortège et allait se séquestrer lui-même. [Rires] Je trouve que… je trouve que… c’est… que ça avait plus de… souplesse, de diplomatie et de dignité, que la fuite par les fenêtres... [rires] … vraiment fâcheux. Moi, j’y vois deux aspects, ça… ça ferait presque… on a pas fini de parler de ça mais ça ferait presque transition avec ce qui me reste à dire euh… en travail.

J’y vois deux aspects qui sont confirmés un peu partouts. Euh… même trois, au besoin. Trois aspects. C’est toujours une tendance à donner à des fonctions civiles une nouvelle structure militaire. Je pense à un point, par exemple, on nous traite comme une usine atomique, hein. Euh… voyez dans une usine atomique, les… des balayeurs aux ingénieurs, ils ont un petit machin avec leur photo… là, bon, c’est le passage sous un contrôle… même pas policier, c’est pas un régime policier, c’est un régime militaire, ça. C’est la militarisation des fonctions civiles qui appartient à notre société très, très profondément. Je prends un autre exemple qui vous touche tous… bon. Dans beaucoup de… oui, là, ça rejoint… c’est bien que…, ça fait pas deux, je veux dire, ce qu’on a à se dire pratiquement, là, et puis notre travail… très bien si ça coïncide. Je prends un exemple précis qui me parait frappant comme militarisation d’une fonction civile. Je dirais, la police, à la rigueur, c’est une fonction civile, c’est évident, c’est évident. Pour une fois, la police, c’est pas du tout la même chose que l’armée. Or, vous n’ignorez pas que, dans un certain nombre de pays d’Europe, à savoir Allemagne, Italie et en… en… comment dirais-je… en… je trouve pas mon mot, vous voyez, en… en effort pour les rejoindre en France, plus récemment, … euh… il s’est passé ceci : la revendication de la police, sous des formes plus ou moins directes, de… du droit de tirer à vue. Le droit du tirer à vue, on se dit, c’est… c’est, c’est… terrible, hein. Ça s’est fait sous quelles formes ? ça s’est fait, à ma connaissance, sous trois formes : euh… ça s’est fait sous des formes euh… très… je dirais la forme forte, des formes fortes et des formes sournoises. Les formes fortes, ça a été en Italie [?] et en Allemagne. Euh… ce droit de tirer à vue invoquait pour raison l’existence d’un terrorisme. Donc, sur le terroriste, on tire à vue. Bon.

La France, elle - dans la constitution d’un espace judiciaire européen - la France, elle, elle s’est trouvée … euh… toute bête une fois de plus, parce que, il y avait volonté évidente dès le début d’un alignement sur cette nouvelle structure policière, et nous il nous manquait…, il nous manquait la… la raison de base, à savoir l’existence d’un terrorisme. Heureusement Mesrine est venu, et on a rattrapé un peu grâce à Mesrine… c’était l’ennemi public numéro un. Ce que je veux dire c’est que, là, a été fait une campagne qui préparait au lendemain et qui a été ensuite confirmée, à savoir que : dès qu’il y a ennemi public, le droit de tirer à vue est acquis. Donc, à sa manière et sous une forme plus sournoise, la France trouvait le moyen de s’aligner sur le régime policier en Italie et en Allemagne.

Or je veux dire une chose très simple. C’est… c’est… comme mon premier point. Lorsque la police a le droit de tirer à vue, donc le tir à vue, c’est quoi ? Mais c’est un régime qui n’est plus du tout le régime policier, c’est le régime militaire, c’est le régime de guerre ! Le tir à vue, c’est la guerre même. Donc, là… la revendication, même quand elle est conditionnelle, dans certaines conditions, la revendication policière de tirer à vue, a comme sens immédiat, il me semble, euh… une espèce de militarisation de la police, à savoir l’assimilation de la fonction policière à une fonction de guerre.

Deuxième point, ce qui implique quoi ? Ce qui implique une toute nouvelle catégorie, et, ça on le sait tous, une toute nouvelle catégorie d’ennemis. Puisque, l’ennemi, c’est la notion propre à la fois à l’armée et à l’état de guerre, la militarisation des fonctions civiles, dans l’État, ne peut se faire que si on forme un concept fort et nouveau d’ennemi. Alors l’ennemi, c’est quoi ? A ce moment-là c’est la fameuse notion, et cette notion a déjà été très élaborée, aussi bien par les juristes que par les spécialistes de la défense nationale : l’ennemi devient l’ennemi quelconque. Et la notion d’ennemi quelconque est une notion… actuellement, je crois, qui n’a pas encore reçu son plein statut mais… et qui le recevra… les juristes travaillent là-dessus, les militaires, les généraux travaillent… les… les revues de défense nationale sont encombrées d’articles sur l’ennemi quelconque. Alors l’ennemi quelconque, on voit très bien, ça peut être aussi bien le trafiquant de drogues, oui, ah, ben… c’est l’ennemi quelconque, ça peut être Mesrine… euh… ça peut être le terroriste, mais ça peut être l’autonome, ça peut être… tout ce que vous voulez, ça peut être… euh…

Or, voyez pourquoi j’insiste sur ce point : c’est que ça m’intéresse beaucoup, parce que l’ennemi quelconque c’est typiquement une notion axiomatique, euh… c’est évident, ça fait partie de la théorie de l’objet quelconque. Euh… c’est… donc, pour moi, ça… ça m’intéresse théoriquement [?] c’est un souci pratique. Et enfin ma dernière remarque, ce serait ceci, c’est que : dans ce régime, donc, de militarisation des fonctions civiles, avec comme base un ennemi quelconque qui, à la limite, est extraordinairement fluent, puisque chacun de nous peut être l’ennemi quelconque sous tel aspect. C’est vraiment l’axiomatique qui se met en marche. Euh… eh bien on retrouve, là, une formule ou une situation de fait qui a été très bien analysée, il me semble, par… par [Virilio?]. A savoir l’idée, l’espèce de… d’organisation de la sécurité – j’y pensais justement parce que [?] vient de parler justement des îlots de sécurité, etc. –, l’organisation d’une sécurité fondée sur une gestion des petites insécurités. Et c’est très curieux, ça, parce que c’est une formule moderne, ça. La gestion…, on pourrait dire la gestion des insécurités moléculaires, qui ne fait qu’un avec l’organisation d’une sécurité. Alors… c’est très curieux, je veux dire : si vous prenez le spectacle d’une ville actuellement, quand même, y a… y a un truc qui est très très curieux, c’est… c’est du le domaine de la vie quotidienne…, mais ces villes qui sont perpétuellement, par exemple, sillonnées de… de voitures de médecine d’urgence. Or la médecine d’urgence, vous voyez, ces petites voitures ou les ambulances tout le temps… tout le temps : c’est très curieux, parce que… il y a des médecins d’urgence qui ont posé, mais… euh… des… des gauchistes, qui ont posé une question, il me semble, très intéressante sur la nature du métier qu’on leur faisait faire, parce que, quand on n’est pas au courant, par exemple on a tendance à se dire : ah ben oui, la médecine d’urgence, c’est quand même pas mal, parce que bon, pourquoi la… si une vielle dame se casse la jambe, chez elle, une pauvre vieille... il y a des urgences, c’est vrai, mais, les médecins d’urgence disent eux-mêmes que ce sont des cas extraordinairement rares, que les urgences, ils ont par exemple, s’ils font… vingt… vingt cas ou [?] cas, par exemple, ils ont deux urgences quoi, la vielle au col [?] du fémur, c’est rare, quoi. Ce qui arrive, c’est… c’est quelqu’un qui a un rhume, oui, c’est quelqu’un qui a un rhume ou bien qui se dit : tiens, j’ai mal à la tête, je dois avoir quelque chose… j’ai de la tension, il appelle pour se faire prendre sa tension… avec ça les urgences…. Pourquoi il appelle ? Parce que… il a y a plus… il y a plus beaucoup de généralistes, il n’y a plus beaucoup de médecins géné… de médecine générale, et ceux qui restent, ils se déplacent pas.

Donc, vous voyez que, là, je veux dire une chose très simple : on comprend que l’atmosphère d’une espèce de grosse sécurité, grâce à la médecine de… médecine d’urgence vous pouvez être soignés quand vous le voulez, en dix minutes… etc., se fait en même temps par une gestion des petites insécurités, à savoir : la ville sillonnée par ces voitures, les ambulance, etc., le caractère, comme on… comme disent les spécialistes, le caractère organisé de la ville comme stress permanent, comme une espèce de stress d’agression permanente, et c’est sur ce fond de mille petites insécurités programmées que se fonde l’administration d’une sécurité durcie, d’une sécurité euh… d’une sécurité militarisée, d’une sécurité militaire. Alors ça coïncide très bien avec la détermination en même temps d’un ennemi quelconque… Quelconque c’est… c’est votre voisin, gestion des petites insécurités… les jeux radiophoniques, enfin, tout ça, etc… euh… euh… renseignez-vous sur votre voisin… non, enfin… les fameux jeux de la télé allemande [?] Oui… c’est la détermina… c’est plutôt la position de… c’est cette nouvelle fonction. La fonction de l’ennemi quelconque euh… qui accompagne…, qui sert de corrélat à la militarisation des fonctions civiles, d’une part, et d’autre part à l’espèce de sécurité militaire qui sort de la gestion des petites insécurités. Alors bon… euh… Ah ! la drogue, la drogue à Vincennes ! Hein… Une espèce de drogue moléculaire, là, euh… bon… même si c’est pas la drogue, c’est l’équivalent de la drogue, Vincennes c’est la drogue… [rires], et puis, là, une espèce de sécurisation euh… le Président dit : ah ben oui, ah ben vous voyez, la sécurité, ça va être la brigade des stups. Bon. Euh… voilà. Ouais alors, pour revenir à la pratique, ah… qu’est-ce que… qu’est-ce que… est-ce qu’il y a une date du prochain Conseil ? 15 mars ? Samedi, là ?

Voix féminine : Non, samedi prochain…

Deleuze : samedi… non, samedi en huit, oui. En tout cas, vous me dites que Merlin a dit que… il n’était pas question que les plaintes soient retirées, c’est ça ? Hein ?

[Inaudible]

Deleuze : Euh… sur… la brigade, sur la présence de la brigade dans l’université ?

[Inaudible]

Deleuze : Ah bon.

[Inaudible]

Deleuze : Quoi ?

[Inaudible]

Deleuze : Et quelles sont… encore une fois, est-ce que la question a été posée de quels sont les droits de cette brigade ? Je veux dire : est-ce qu’elle a le droit d’intervenir dans les UV ?

[Brouhaha, réponse inaudible]

Deleuze : Normalement, euh… si c’est le… le flagrant délit, ils peuvent entrer ici et euh…

[Inaudible]

Deleuze : Non, ça, c’est autre chose ! Ma question, c’est : est-ce qu’ils en ont le droit ?

[Inaudible]

Deleuze : Que ?

[Inaudible]

Voix féminine : Oui, mais c’était… [inaudible]

Deleuze : Si, parce que je serais bien d’accord avec toi pour dire que, eux, leur intérêt, ils doivent s’en foutre complétement de ça, mais si on leur dit de faire telle chose, ils le feront.

[Inaudible]

Deleuze : Oui mais ça néglige mon seul argument, auquel je pense très fort, qui est que, tant le Ministère que certains courants intérieurs à Vincennes, aient l’intérêt d’une épreuve de force avant le transfert.

[Inaudible]

Deleuze : Certes non, mais euh… Le Parti Communiste d’accord, le Ministère j’en suis moins sûr, qu’il ne puisse pas…

[Inaudible]

Deleuze : Toi, t’as confiance. [Rires]

[Inaudible]

Deleuze : Moi je ne vois qu’une chose, en effet, comme riposte par exemple, je reviens à l’histoire des vigiles. Si l’histoire des vigiles [ ?remonte ?], euh…. Il y a euh… l’idée immédiate évidemment, c’est que tous les étudiants… aucun étudiant ne présente sa carte, qu’est-ce qui se passe ? Euh… c’est pas que [?], c’est que : ils ont pas leurs cartes, bon. Ma question, déjà, si [ ?on essayait ?]... - il y a un appel très juste à ce que des choses soient élaborés dans les UV -  euh… si cela se faisait, je demande : est-ce que les étudiants étrangers seraient particulièrement en danger ? ils sont évidemment plus vulnérables.

Intervenante 4 : Ben non, c’est pas sûr…

Deleuze : Quoi ?

Étudiante : ceux qui ont leur carte… ?

[Brouhaha. Inaudible]

Deleuze : Évidemment

[Inaudible]

Intervenant 5 : Et moi il me semble que dans une affaire comme ça, c’est le [?]… Une série de faits… [?] provoque, et puis [?]… Je suis armé et… Je ne crois pas ce que tu racontes, on va être armés… [?]

Intervenante 4 : Moi je pense qu’il y ait quand même une chose…

Deleuze : Attends, il a pas fini

Étudiante : Ah bon…

Deleuze : Je crois qu’il a pas fini

Intervenant 5 : [Inaudible]

Deleuze : Le retrait des vigiles, hein ? C’est ça : euh… la… la majorité qui a décidé de revenir sur la… est une infime majorité. Moi, on m’avait dit treize contre douze, toi quatorze contre treize, c’est pareil. Euh…

Intervenant 6: A l’Assemblée, c’était neuf… huit… Les gens… [?]

Deleuze : Ouais, mais, ça,… est-ce que tu as l’impression que personne n’y croit, que personne n’y croit ? Ils le disent, mais personne n’y croit, ça.

[Inaudible]

Deleuze : Oui, mais si je reviens…

[Inaudible]

Deleuze : Quoi ?

[Inaudible]

Deleuze : Oui, justement, l’assainir avant le transfert, hein, je reviens là-dessus, parce que, il y a un certain nombre de départements qui, si vous voulez, en gros emmerdent le… les normalisants, hein. Les départements qui emmerdent les normalisants, c’est… par exemple, je dis pas que c’est le seul, mais c’est euh… la philosophie. Pourquoi ? Parce qu’on est dé… on est dénationalisés, euh… privés de tout, euh… dans une situation catastrophique… [rires] et c’est évident que, par exemple, le département de philosophie a un besoin… un besoin comme d’oxygène, d’auditeurs libres

Intervenante 7 : Mais c’est eux qui ont même fait la situation, puisqu’ils ont enlevé les diplômes… [?] qui il peut y avoir au département de philosophie ? Ou des auditeurs libres ou des gens d’autres facs

Deleuze : ou des [?]

Intervenante 8 : Mais oui ! C’est qu’un problème, mais c’est un problème de… de jalousie

Intervenante 7: Non, mais y en a très peu, il faudrait interroger la salle.  

Voix masculine : [?]

Intervenante 7: Ici ? Oui, mais sans diplôme…

Intervenant 8 : Si, si !  Eux, ils ont un diplôme de Vincennes

Intervenante 7 : oui, ils ont un diplôme de Vincennes. Donc ils veulent nationaliser un nouveau diplôme avant le transfert, liquider le département de philo tel qu’il est maintenant… Ils essaient depuis sept ans… [?]

Intervenant 9 ( ?) : [?] à la limite, nous-mêmes, nous-mêmes [?] de la police… [?]

Brouhaha : inaudible.

Intervenant 10 ( ?) : [?] parce eux-mêmes ils savent qu’ils ne sont pas capables actuellement d’engager des négociations… [?] Le Conseil, [ ?c’est le PS ?] [?] c’est des gens qui sont à peine mandatés [?] mais ils tiennent l’université, ils tiennent [?] ils ont des idées pour l’attraper [?]

Deleuze : Ouais ! On va pas rigoler….

Intervenant 10: …c’est pas le cas. [?]

Deleuze : Et tu dis…[?] mais la normalisation, elle est faite dans une majorité de départements

Intervenant 10: Bien entendu, bien entendu, mais ceux qui restent, pour ceux qui restent, tout le monde sait [?] dans la situation actuelle [?]

Voix féminine : Oui

Intervenant 10: Mais je crois pas à leur intérêt, je crois pas que ce soient de gens qui croient [?]

 [Inaudible]

Deleuze : ça d’accord, et on est toujours surpris. Et on se dit : ah, ben, ça, je n’avais pas pensé à ça. Donc qu’est-ce qu’ils préparent, maintenant ?

Voix masculine : C’est pas eux… [inaudible]

Deleuze : Donc oui, mais est-ce que tu es d’accord sur le principe suivant…

[inaudible] 

Deleuze : Tu crois qu’ils en ont assez de payer nos chargés de cours ? C’est sûr, c’est sûr, c’est sûr.

Intervenant 11 : [?] ils se disent que… aller à Saint-Denis quand on ne peut pas aller à saint-Denis… [?]

Deleuze : Oui, mais encore une fois, notre problème, c’est ceci : n’est-il pas vrai que, avant d’aller à Saint-Denis ils ont besoin de faire un coup ?

Intervenante 4 : Oui, mais moi…

[inaudible]

Intervenant 11 : En fait, ils ont dit qu’ils allaient fermer la fac…

Deleuze : Ouais, ouais, ouais… Le coup est fait. Y a des… y en a qui disent : le coup est fait.

[inaudible]

Intervenant 12 : Il y a quelque chose de…

Intervenante 4 : on peut pas en placer une, hein…

Intervenant 12 : … de très intéressant depuis hier, c’est que pour la première fois, l’illusion longtemps entretenue… à savoir qu’il y a comme ça une espèce d’alliance entre les vincennois et qui fait que [?] contre le ministre [?] est concrètement tombée, quoi, maintenant la contradiction est apparente entre le Conseil et les intérêts tout simplement des étudiants. L’épreuve de force est… [?] Après si vous voulez, le Conseil d’hier est [?]

Intervenante 4 : Mais, moi il y a quelque chose qui me fait penser que, finalement…, les auditeurs libres sont beaucoup plus menacés que, même, les étudiants étrangers, parce qu’en fait dans la logique… dans la logique communiste…

Deleuze : Ah si, ça les…

Intervenante 4: oui, non mais les non-bacheliers aussi, mais, ce que je veux dire, c’est que, dans la logique communiste du travail, enfin prenons « travail » sans penser à la fac, je veux dire que quelqu’un qui viendrait dans un endroit, enfin dans un bureau ou dans une usine, euh… comme travailleur libre, c’est-à-dire qui ne voudrait pas être payé, je veux dire que, un communiste, c’est vraiment la chose qu’il ne supporterait pas, parce que justement il sait par excellence ce que c’est le travail, je veux dire, il ne fait même que parler du monde du travail. Et donc, si on reprend la même situation par rapport aux étudiants, c’est sûr que… euh… comme disait, comme disait Gilles tout à l’heure, à partir du moment où il reste des étudiants libres, il peut rester et des étudiants et des… et des étudiants étrangers et des étudiants non-bacheliers, ça c’est, c’est évident, mais tant qu’il y a plus de… de… d’auditeurs libres, je veux dire que… alors là, il y a vraiment plus rien… Je veux dire, le reste disparait en même temps.

[Inaudible]

Intervenante 4: Oui, c’est ça.

[Inaudible]

Intervenante 4: Ben évidemment

[Inaudible]

Intervenante 4: Ben, ils sont jaloux parce que, ici, y a que ça, évidemment ! Ben ils sont, ils sont…

Voix masculine : inaudible

Deleuze : Quoi ?

[Inaudible]

Deleuze : Oui ! Oui. Oui, oui, oui.

Voix masculine : Et, comme l’an prochain, il reste plus qu’à [?]

Deleuze : Je crois que… enfin j’en suis pas sûr, que une crainte possible, une de leurs craintes possibles, serait que les conditions du transfert soient évidemment catastrophiques. Euh… que… ils peuvent craindre que, le conditions du transfert… y a du pour et du contre… c’est pas sûr que le fait même du transfert n’élimine pas tous les problèmes, c’est-à-dire que euh… les gens habitués à Vincennes ne retournent pas…, euh… le lieu changeant… ils [?]… ils iront pas là-bas que tout se passe tranquillement. Mais, il y aura aussi, vu l’exiguïté des surfaces, y aura vraisemblablement un démantèlement, c’est-à-dire qu’il y aura des départements qui seront regroupés, par exemple, les départements euh… pas normalisés… euh… seront manifeste… seront probablement, mis dans des espèces de sous-ghettos. Euh… on peut penser que les conditions du transfert ranimeraient des euh… forces de protestation - même de la part d’étudiants actuellement normalisés - relanceraient une espèce de… de truc. D’où – mais, je présente ça comme une pure hypothèse hein, je ne suis pas du tout sûr que… à chaque fois que je prévois quelque chose je me trompe, alors c’est… - je dis…, moi j’ai le sentiment que… ils cherchent quelque chose avant. Je ne suis pas sûr, si tu me dis : non, pourquoi ? Je suis pas sûr. Oui, oui, oui… Moi j’ai l’impression qu’il y a… ils cherchent un coup de force avant. Quoi ?                       

 

(2)

Voix masculine 1 : L’année prochaine, ça va être serré, hein ! [Inaudible]

Voix masculine 2 : …déjà aller voir à la préfecture, qu’est-ce qui se passe, hein ! Même en ayant des papiers en règle…

Deleuze : Oui, ça depuis longtemps, oui…

[Inaudible]

Deleuze : Oui, oui, oui, oui, oui, oui

Voix masculine 3 : [Inaudible]

Deleuze : Non, tu as raison mais, tu as pas raison, en fait, parce que… c’est vrai ce que tu dis : il est pas question de… de tarir l’immigration étudiante en France. Mais…

Voix masculine 3 : Absolument pas…

Deleuze : …il est tout à fait question d’en complétement changer la nature, en double accord entre le gouvernement français et, par exemple, les gouvernements africains, euh…

Voix masculine : [Inaudible]

Deleuze : oui, oui

Voix masculine : …il faudrait que les gars aient leurs dossiers de leurs pays respectifs…

Deleuze : Oui, oui, oui…

Voix masculine: C’est l’administration de… du pays [?]… qui te donne le dossier, ils donnent… 

Deleuze : Oui, oui, oui, oui

Voix masculine: Et pas de n’importe quelle université

Deleuze : Oui

[Inaudible]

Voix masculine: …étudiants [?]  viennent étudier en France que d’aller en Allemagne, que d’aller à…

Deleuze : A mon avis, tu négliges là un point très important, c’est que… ce que tu dis n’est vrai que très, très généralement parce que, ce qui se passe actuellement, c’est que, le recrutement des étudiants étrangers en France, par exemple des étudiants africains, tend à changer, à savoir : seront autorisés à suivre des études en France au besoin le même nombre, mais un nombre garanti et où chaque spécimen sera garanti par le gouvernement d’origine.

Voix féminine 1 : Il y a une autre chose : quand on demande aux Pakistanais…

Deleuze : Bien sûr !

Voix féminine 1 : …qu’ils parlent le français, dès le départ ils sont éliminés, dans les pays d’Asie, où on ne parle pas français, quand on va à l’ambassade pour demander un visa, et on demande si vous parlez français ; si vous parlez pas français, ben… vous pouvez pas…

Voix masculine: C’est que, c’est que deux ans…

Voix féminine 1 : Oui, c’est ça, justement !

Voix masculine: …les histoires des ambassades des pays…

Deleuze : Oui, oui, oui. Ben tu sais, deux ans c’est tout récent, hein ! C’est… c’est pas vieux [rires].

Voix féminine 2: C’est vieux, quand même…

Deleuze : Moi je vois…, si l’histoire… je reviens à l’histoire des vigiles, hein. Si l’histoire des vigiles se reproduisait, euh… je vois, alors… c’est à vous de dire ce que vous pensez, moi, je verrais comme riposte immédiate, je dis pas à longue portée, comme riposte immédiate trois choses comme simultanées : maintenir cette vieille technique du groupement, par exemple par UV, hein, ceux qui suivent cette UV, et ben, on se retrouve tous - donc ça ferait par exemple mettons entre cinquante et cent personnes, euh… - et on arrive en bloc. Là-dessus, ça se diviserait comme en deux, pratiquement. Y aurait les inscrits à Vincennes qui disent - mais en bloc, il ne s’agit pas de le dire un par un - : on n’a pas notre carte. Vous me direz : bon, et puis après ? On va voir. En revanche, les auditeurs libres feraient la démarche inverse : ils iraient au contrôle, où il y aura le pauvre type de service et ils diront : voilà notre cas, nous sommes auditeurs libres, et moi en tant que prof, je garantis que j’en ai absolument besoin pour le… des quarante, des cinquante, des cent, très bien ! Même à ce moment-là, on en inventera, des auditeurs libres… que j’en ai absolument besoin pour le fonctionnement normal de mon UV, ça fait de l’embouteillage, quoi, mais comme mesure immédiate, hein. Troisièmement et simultanément, moi ce que je proposerais presque, mais il faudrait que vous soyez d’accord, mais… là on parle comme ça, c’est du pur projet…: voir s’il n’y a pas moyen de s’entendre pour une semaine ou quinze jours, avec la cartoucherie - qui est pas loin - et continuer à faire cours dans d’autres locaux, ce qui évite… ils ont des problèmes ?

[Inaudible]

Deleuze : Quoi ?

[Inaudible]

Deleuze : Ben c’est bien, alors, ils nous laisseraient des… des granges. Euh… et, on irait travailler là-bas. Bon, ça ferait une espèce de situation de force où on serait dans une espèce d’illégalité puisque, euh… il est tout à fait interdit de faire cours ailleurs que dans les locaux de l’université, mais notre argument serait que, on nous a retiré les conditions d’exercice de cours normaux dans l’université. Alors, je vois… encore une fois, c’est pas du tout ça, à longue portée, c’est à portée immédiate : on peut faire ça, on peut tenir quinze jours [?].

Voix masculine: Moi je pense que c’est très important parce que justement ça permettrait une ouverture devant la logique dans laquelle ils veulent nous enfermer.

Deleuze : Oui, oui

Voix masculine: Pour moi, c’est… action-réaction, en réalité… [?]

Deleuze : Ouais

[Inaudible]

Voix masculine: Parce que, moi je trouve que…

Deleuze : Ils aimeraient assez la fermer

[Inaudible]

Voix masculine: C’est bizarre, moi je trouve que ce c’est trop facile [?] normalement on s’en fout…

Deleuze : Moi aussi. Et ben j’ai le même sentiment que toi, je trouve ça très louche.

Voix masculine: [?] des vigiles. Hier, pour les ramener dans quinze jours, qu’il y ait une épreuve de force. A partir de cette épreuve de force, fermer la fac.

Voix féminine : Mais ils voulaient l’avoir, cette épreuve de force

Voix masculine: Mais non, ils voulaient pas l’avoir, hier…

[Inaudible]

Voix masculine : ils veulent vraiment un prétexte…

Deleuze : D’où ton insistance sur la prochaine réunion dans quinze jours.

Voix masculine: Dans quinze jours… Oui parce que, il fallait lire le texte [?] ils ont remis en question tout ce qu’ils avaient voté hier [?] tout ce qui a été voté hier, c’est-à-dire le retrait des vigiles…

Voix féminine : La brigade des stupéfiants…

Voix masculine: Oui : la brigade des stup…

Deleuze : Non, en quoi ils la remettaient en question, la brigade ?

[Inaudible]

Voix féminine : Non mais il l’a dit…

Deleuze : Ah bon, ah oui, oui oui…

Étudiant : C’est-à-dire ils peuvent revenir sur ce qui a été voté.

[Inaudible]

Deleuze : Ah ils ont fait une suspension provisoire ! Et ils ont remis à quinze jours.

Voix masculine: [?] On va voir comment ça va se dérouler durant ces quinze jours. Et puis on verra.

Nouvelle voix masculine: Je pense, c’est… le problème se pose aussi au sujet de la brigade des stupéfiants, moi j’ai… j’ai communiqué l’information dans… au niveau de chaque [?], je me réfère à l’article paru dans le Monde de samedi, les... les dealers en question, ils sont connus de la police, et moi personnellement j’ai lu le procès-verbal du Procureur de la République… ben le journaliste…, le dealer avec lequel s’est entretenu le journaliste du Monde, qui n’a pas dit toute la vérité bien entendu… Ben, elle a été relâchée, la police lui a [ ?retourné ?] la drogue sur place, sur le campus même, il a été arrêté sur le champ, bien entendu transféré… enfin présent au parquet… le parquet a fait son procès-verbal, puis ils l’ont relâché. Moi, personnellement, le procès-verbal du Procureur, c’est scandaleux, et puis le journaliste, il n’a rien dit là-dessus, bien entendu. Donc la question de la brigade des stupéfiants sur le campus est complétement absurde, parce qu’on les juge, on les relâche : c’est tout simplement une campagne de propagande que le gouvernement met en place, et qui trouve bien entendu sa justification dans les…, qui est une des autorités de l’université, bien entendu le Conseil. Donc parler de la présence de la brigade des stupéfiants sur le campus, je trouve ça inqualifiable, et puis sans aucune portée finalement parce que la complicité vient d’en haut quand même…

Deleuze : Oui, oui, oui

Voix féminine 2 : C’est pour ça qu’il faut être très prudent, parce que… enfin, tu disais tout à l’heure, qu’il y avait enfin… pas… pas une nouvelle militarisation de la vie civile, mais qu’en quelque sorte…, juridiquement, on était en train de créer un ennemi quelconque, je veux dire qu’en fait, peut-être aussi que la manière de créer un ennemi quelconque… avant de la créer juridiquement, c’est peut-être aussi cette chose qui a l’air aussi facile…, que… que tout le monde soit prêt à être un ennemi, je veux dire, moi ça me semble toujours à chaque fois tellement… tellement dangereux, enfin, cette… Je veux dire, on est aussi toujours aussi tellement prêts à être des ennemis… euh… je sais pas, il faut toujours être très prudent parce que… bon, c’est quand même, enfin, bon, hier il y a, il y a cette chose qui est décidée, voilà : lundi 3 mars, à partir du lundi 3 mars. Mardi 4 mars, plus rien. Je veux dire… effectivement, ce retrait, moi, me semble presque plus curieux que la chose elle-même.

Deleuze : Ben oui alors, on est bien d’accord. Moi aussi je trouve aussi que c’est très très… Oui ?

Voix féminine : [Inaudible]

Deleuze : Quand est-ce qu’il a dit ça ?

[Inaudible]

Voix masculine 4: Je pense qu’il y a quelque chose, mais je comprends plus rien. Je sais pas si c’est le conseil [?] qui a été déclarer à la police, qu’il y a eu des agressions [?] dans l’université, et qu’à partir de là ça avait entrainé l’interview [?] de France-Soir, puis [?] du Figaro… ou bien si c’est la police [?] fait quelque chose… Mais j’ai pas l’impression que ce soit la police parce que il a fallu que Merlin [?], Alors ce que je pense, s’il y a l’article du journal d’abord…

Voix masculine: Oui, c’est ça

Voix masculine 5: C’est… c’est d’abord, enfin, la réaction… ça a été d’abord…  une réaction à l’article de France-Soir, puis un certain nombre de… de gens qui…, enfin, qui travaillaient… enfin… de gens… du personnel qui ont porté plainte auprès du conseil et puis il parait que Merlin ben…

Voix masculine 4 : Après l’article…

Voix masculine 5: Oui. Après l’article, Merlin ben… il a été voir le conseil avec un couteau à la main, bon : c’est la bagarre, c’est la pagaille sur la fac et…[?]

Nouvelle voix masculine: Non, ça c’est des histoires parce que les journalistes, ils ont recommencé à poser des questions à des gens… des questions à des gens, et  les gens répondent… Alors, qu’est-ce qu’ils ont fait à [ ?Nanterre] ?  C’est une histoire, ils ont pris tous les événements… [?] Vincennes, puis ils les ont cernés pour [?] un article, en disant que Vincennes [?] c’était l’article de France-Soir…

Voix masculine 5: De toute façon, c’est l’article de France-Soir qui est à l’origine de tout cela. Il y a eu une réaction un peu pourrie de la part des autorités de l’université, qui ont mis en place ces… ces… ces décisions draconiennes que… que que… tout le monde le sait...

Voix féminine 3 : Ben, le jeudi 21 ou par-là, il y avait un membre du personnel qui a été agressé par quelqu’un qui était soi-disant…

Voix féminine 4: drogué ?

Voix féminine 3 : …trafiquant… et qui l’a menacé d’un couteau, ou quoi… et c’est à partir de là que…

[Inaudible]

Deleuze : Oui

Voix masculine 6: Moi, j’entends quand même cette histoire parce que, si on va se mettre à penser que chaque [?] de France-Soir… il y a le pouvoir en haut qui s’est mis en branle pour dégommer [?] ça devient du délire parce que France-Soir…

Deleuze : Tu rigoles, tu dis « c’est du délire », mais moi je vois aucun délire à croire, comme ça a été dit et redit mille fois, que, un coup de téléphone d’un cabinet de ministère suscite un article dans France-Soir, ça… euh… ça fait partie… il faut pas, il faut pas invoquer le pouvoir comme ça, ça s’est toujours fait comme ça dans France-Soir.

Voix masculine 6: D’accord, c’est d’accord. Là, c’est possible, mais alors à ce moment-là [?] surprenant, c’est l’adéquation, comme ça, impeccable… et, et la réaction… [?] vous savez ? A cette…

Deleuze : Bon.

Voix masculine 6: …quand même ! Imaginer que [?] complote : ok. Imaginer que le Conseil complote : ok aussi. Mais imaginer qu’ils complotent ensemble !

Deleuze : Et non, parce qu’il y a autre chose… On peut imaginer… On peut imaginer une quatrième chose à laquelle… dont tu ne tiens pas compte, c’est que… ils se trouvent réunis dans des buts extrêmement différents. Euh… par exemple, c’était déjà frappant en 77 que il y avait évidemment, au moment de la campagne, qui parlait d’un trafic énorme de drogue à Vincennes, y avait deux politiques possibles : il y avait la politique du Conseil et du Président, disant, et même en rajoutant, disant : oui, oui, c’est effarant, et vous ne savez même pas tout – ce qui était quand même une réaction très curieuse de la part de l’autorité universitaire, hein… euh, vraiment ils en rajoutaient – ; Ou bien il y avait la… l’autre politique consistant à dire : vous faites chier, y en a pas plus qu’à Censier, il y en a pas plus qu’ailleurs, enfin, faut pas… jamais dénoncer les voisins, mais enfin… euh… je ne sais pas, ça se voit peut-être plus, parce que… enfin… Bon. Or, déjà, à ce moment-là, on a vu une espèce de… de bizarre conjonction des autorités universitaires, souvent de gauche, avec les soucis  du ministère, pour lancer cette campagne. Il y a pas de doute que… ils ont des buts différents, par exemple que, lorsque Marché dit : l’ennemi, c’est la drogue, euh… bon, il a pas exactement le… le même… les mêmes buts que la brigade des stupéfiants. Euh… je suis comme toi, moi, je préfère les buts de la brigade des stupéfiants, qui me paraissent moins… bon. Enfin, s’ils se rencontrent, ça ne veut pas dire qu’ils ont les mêmes buts.

[Inaudible]

Voix féminine 2: Je ne crois pas que ce soit ça. Mais c’est curieux parce que, en même temps que pour nous la drogue, je veux dire, c’est… bon, il y en a presque plus, ça n’existe plus, disons, mais en même temps, c’est justement, enfin… un événement, non non mais, comme on disait, enfin… un… dans le sens…

Voix masculine: Ça existe.

Voix féminine 2: Non... enfin, bon, si tu veux, un événement, un événement, ça fait un certain moment, un bruit, un bruit très fort, et puis après il y a des retombées. Les retombées, c’est tout le temps du silence, et puis, après le silence, je veux dire, parfois on commence à en reparler. Et là, c’est un peu ce qui est en train de se passer, c’est-à-dire que la drogue, c’est véritablement maintenant le moment où, dans toutes les banlieues, que ce soient les banlieues riches ou pauvres, tous le gamins sont en train de prendre de la drogue, et c’est véritablement le moment où chaque mère de famille, chaque personne de toute la… de toute la France, est en train de vivre réellement le problème de la drogue, alors qu’avant, c’était nous qui prenions de la drogue, et que c’était…, c’était une chose comme ça, euh… mais que les autres n’y pensaient pas. Alors que, je veux dire maintenant, c’est quelque chose qui fait partie de leur vie comme maintenant, je veux dire, exactement de la même manière que les mères maintenant décident de donner leur pilule à leur fille ou je ne sais pas quoi !

Deleuze : C’est vrai que c’est devenu un problème municipal

Voix féminine 2: Bien sûr !

Deleuze : C’est devenu une espèce de problème municipal.

Voix féminine 2: C’est tout à fait un problème municipal. C’est plus le problème de la…

[Inaudible]

Deleuze : Est-ce que c’est… je ne sais pas, est-ce que tu sais, toi ? Est-ce que c’était des vigiles du rectorat ?

Voix masculine : Non. C’était des vigiles embauchés au niveau de la…

Deleuze : C’est ça. C’est très différent, hein ! Très différent.

[Inaudible]

Voix féminine 2: Embauchés au niveau de ?

[Inaudible]

Voix masculine: C’est lié, c’est lié au rectorat, hein !

Deleuze : Bien sûr, c’est ça le seuil nouveau. Ça a été la demande au rectorat, oui, oui, oui.

Voix masculine: Ce sont des professionnels, donc…

Deleuze : Comme ils disent, comme ils disent si bien, oui, c’est des professionnels, ben oui ! D’ailleurs ils le disent, euh… des vigiles ont été demandés au rectorat, hein.

Voix masculine: Saint-Denis, euh… Saint-Denis est touché aussi à un niveau municipal, là il y a une grande campagne à Saint-Denis pour la répression de l’inhalation de la colle à rustine en milieu lycéen...

[rires]

Deleuze : Ah oui, oui, oui, oui, oui, oui, oui, oui… Non, non, c’est vrai que ce que Claude vient de dire est très juste, je crois. Que euh… c’est point que le problème de la drogue ait en effet disparu, c’est que, il s’est complétement municipalisé. C’est-à-dire, c’est au moment où, il se pose plus euh… dans l’université comme tête…, comme tête de… je sais pas quoi, euh… c’est à ce moment-là qu’il est relancé et que… on fait la relance, ça consiste à dire : mais tout ça, c’est la faute à l’université, et entre autres à Paris VIII.

Voix féminine 2 (Claude): Mais parce que, dans la tête des gens, ça vient d’ici.

Deleuze : Oui, oui.

[Inaudible]

Deleuze : Oui, oui, oui, oui

Voix féminine 2: C’est-à-dire que, les municipalités…

Voix masculine: C’est pas vraiment notre problème, si on se met à discuter de drogue, avec Merlin…

Deleuze : C’est pas notre problème, mais ça nous aide à comprendre, dans notre bouillie… euh…

Voix féminine 2: Parce que les municipalités…

[Inaudible]

Deleuze : Oui, oui, oui…

[Inaudible]

Deleuze : Oui, oui, oui, oui, oui, oui…

Voix féminine 2: Non, mais toutes les municipalités, moi je crois, à Ville-d’Avray, à Versailles, les banlieues riches, c’est fou, mais… on ne parle… les… les… les bonnes femmes ne parlent que de ça.

Delueze : Oui, oui, oui…

Voix féminine 2: je veux dire que, les municipalités sont en train de… de… de penser, comme elles se situent géographiquement, c’est-à-dire que, elles n’arrivent à penser que par rapport à la capitale, c’est-à-dire, si, si tous les enfants des municipalités sont en train de prendre de la drogue, c’est que ça vient de la capitale ! Je veux dire : eux-mêmes n’ont pas eu envie de prendre de la drogue ! S’ils en prennent, c’est qu’on leur en fournit, je veux dire donc… au bout du résultat, c’est sûr qu’il faut qu’il y ait Vincennes ou un endroit comme ça pour…

Deleuze : Oui oui oui oui oui…

Voix féminine 2: Enfin je sais que dans toutes les municipalités, euh… les gens sont tout à fait d’accord pour que les flics soient à Vincennes.   

Deleuze : Mm… oui oui oui. Alors, qu’est-ce que ? Est-ce que vous voyez d’autres choses… Encore une fois, à très court terme : si l’histoire de vigiles reprend, qui est la plus visible, qui n’est peut-être pas la plus importante, mais qui est la plus visible. Si cette histoire de vigiles était relancée, par le conseil, est-ce que, en gros, vous seriez d’accord, est-ce que vous voyez d’autres choses que les trois… les trois toutes petites ripostes… immédiates que…, que je vous propose ?

[Inaudible]

Voix féminine 2: Comment on fait, pratiquement, on se reconnait ? Devant la porte d’entrée ?

Deleuze : Évidemment, on se retrouve…, on se retrouve avant la… avant l’entrée.

[Inaudible]

Voix masculine : Je crois que s’il y a une mobilisation, il n’y aura pas de vigiles. La mobilisation, c’est maintenant qu’il faudrait la faire. Maintenant et non le jour où Merlin va décider de ramener des vigiles.

Deleuze : Alors sous quelle forme ? Que faire avant ? Oui ? Que faire avant ? Sauf protestation au conseil, etc. Oui ?

Voix masculine8: Moi, je crois que le coup a très bien marché précisément… [inaudible] …des stupéfiants, officieusement, on peut toujours le dénoncer. Mais quand ils sont là, quand la police est là, et que c’est autorisé, là on est quand même devant un problème. Mais on ne le voit même plus parce qu’on a l’impression d’avoir des… [?]

Deleuze : Oui oui oui…

Voix masculine 8: …des vigiles, s’ils vont revenir…

[Inaudible]

Voix masculine 8: S’ils reviennent, c’est pas important ! S’ils reviennent, c’est pas important ! Le problème, c’est qu’il y a la police [?]!

[Inaudible]

Voix masculine 8 : Oui, mais elle était là officieusement, c’est-à-dire que si tu attrapes [?] là officieusement, on peut toujours le dénoncer et demander : qu’est-ce que [?] A partir du moment… [?]

Voix masculine 9: Tout le monde savait que la police était là avant, et on s’en foutait comme de l’an quarante ; tout le monde sait que la police est là maintenant, et il faudrait qu’on s’en foute [ ?plus ?].

Deleuze : Ah écoute, non, non, non. Là je crois que tu as tort, je sais pas… Je… j’arrive pas à penser comme ça.

Voix masculine 9: Quand vous dites que le principal (?) c’était les vigiles, vous pensez quand même…

Deleuze : J’ai dit le plus voyant.

Voix masculine 9: Le plus voyant, bien sûr !

Deleuze : Euh, non euh... moi… là où je ne me sens pas d’accord avec ce que tu viens de dire, c’est que, pour moi, il y a une grande, grande différence, une grande différence même de nature, entre un état –on ne peut pas dire simplement : ah ben oui, il y a des flics, y en a toujours eu depuis 68. Ça c’est vrai, mais ce qui compte, c’est…- c’est pas du tout la… la même, la même chose que l’état d’indicateurs qui traîne dans la faculté qui renseigne la police, ou même des policiers qui… qui… qui sont là à titre officieux ; ou bien cette espèce d’officialisation de la présence d’une brigade spécialisée, agissant en qualité, hein, et… à qui l’université est ouverte. Ça c’est quand même un fait… c’est quand même un fait nouveau.

Voix masculine 9: [?] ce que ça réclame de notre part [?]

Deleuze : Alors, autant je vois vaguement des… des petites choses mais… à faire immédiatement, si l’histoire des vigiles est ramenée au premier plan… Que faire quant à cette question de la brigade, qui est une toute autre question ?

Voix féminine: Et si c’était une provocation ? Pour arriver à…

Voix masculine : [Inaudible]

Deleuze : Ah, tu penses qu’il y a relais entre les deux ! Qu’il y a une espèce de… ah oui. Oui, oui, oui, oui…

[Inaudible]

Deleuze : Oui, oui, oui, oui…

[Inaudible]

Deleuze : Quoi ? J’entends pas. On n’entend pas…

[Inaudible]

Voix féminine 2: C’est bien : qu’ils viennent à Vincennes ! Et tout le monde s’imagine je sais pas tellement quoi, qu’il se passe ceci… Eh ben qu’ils viennent !

Voix masculine : [Inaudible]

Voix féminine : Oui non, mais c’est fou… haa ! On ne parle que de ça !

[Inaudible]

Deleuze : Oui, là, en effet, à mesure que l’on parle, quand même, des… des toutes petites choses deviennent un tout petit peu plus claires, parce que il me semble que se dégage un peu de tout ce qu’on vient de dire que c’est en effet une opération… euh… une opération… facile à comprendre qui consisterait, juste au moment où… euh… le problème de la drogue n’est plus un problème - à supposer qu’il l’ait jamais été - n’est plus un problème avant tout universitaire, qu’il a pris un tout autre aspect, ce qu’on appelle en gros un aspect municipal, que c’est à ce moment-là qu’est reconstitué un mouvement qui dénonce l’université et… et la nôtre en particulier comme pourvoyeuse de drogue. Alors en effet… Quoi ?

Voix masculine : [Inaudible]

Voix masculine : [?] les brebis galeuses, on les enlève [?] Et alors là, on voit la réaction ! [?]

Autre voix masculine 10 : Mais tout ça ne nous dit pas ce qu’on doit faire, finalement. Qu’est-ce qu’on peut faire ? Et pas simplement à l’institut de philosophie, ici, mais à Vincennes et ailleurs…

Deleuze : Non, oui, oui mais…

Voix masculine 10 : si on fait quelque chose de [?] ça… ça n’aura aucune portée !

Deleuze : On part de… de ce qui nous a été confié, à savoir que il est quand même pas mauvais d’en parler dans chaque UV pour voir ce qui en sort, alors on se donne le cadre, par exemple, d’une UV, d’une UV quelconque : la nôtre, hein, et on se dit : bon qu’est-ce que…, qu’est-ce qu’on peut faire nous ? Alors ça dépend aussi de ce qui se passe dans les autres UV en même temps. Euh… Alors, encore une fois, moi j’en suis là. Je vois de… de très, enfin, je… c’est pas grand, je vois un petit ensemble de ripostes immédiates à l’histoire des vigiles, je ne vois pas actuellement euh… si… s’ils ressortent euh… si… si…oui, je ne vois pas des riposte immédiate à la présence de la brigade.

Voix masculine 11 : Moi je pense que l’on en voit une, qui reste à appliquer, c’est celle de refuser de faire [?]  Hier…

Voix féminine 2: de refuser de faire quoi ?

Voix masculine 11 : il y avait déjà des départements qui avaient repris leurs cours. [?] par exemple, et en anglais, c’est tout ce que je sais, peut-être qu’il y en a d’autres. C’est quand même extraordinaire, c’est-à-dire, il pourrait y avoir les flics, là, dans la salle, on continuerait à faire cours… ça c’est vraiment…

Voix féminine 2: Ben, tant mieux pour eux ! [rires]

[Inaudible]

Deleuze : Oui, le seuil…, moi je peux répondre pour moi, par exemple, en mon nom personnel, mais en mon nom personnel même, je dépends de vous, c’est-à-dire : il faudrait que, là, on soit d’accord. Moi, euh… je me dis ceci : euh… faire par exemple… euh refuser de faire cours parce que la brigade est dans l’université euh… et ne se manifeste pas de manière visible, ça me parait comme un peu faire grève à titre personnel, c’est-à-dire quelque chose de dénué de sens. Pour moi, le seuil, ce serait…Il y aurait deux seuils. Y en a un qui est tellement grand que, pour moi, les choses vont de soi. Le plus grand c’est que, soit ici, soit dans une UV quelconque à Vincennes, un membre de la brigade se manifeste en tant que tel, c’est-à-dire fasse une intervention, un interpellation, une fouille, etc., comme tu dis, ça risque très peu d’arriver, sauf s’il y a un coup monté. Si c’est dans les couloirs et si ça concerne un étudiant d’ici, pour moi, c’est le même seuil. Si ça concerne un étudiant d’une autre UV, ça dépend plus [+] de vous, là, ça dépend plus de l’ensemble, mais je crois que ce serait également le même seuil insupportable. Donc, à cet égard, j’attends presque… pour moi, la définition du moment où j’estimerais ne pas avoir les conditions possibles de faire cours, c’est qu’il y ait une intervention dans une UV ou à la sortie d’une UV. Alors, évidemment, qu’est-ce que.., le problème reste entier que tu poses : qu’est-ce qui se passe, si, par exemple, un soir, même quand la fac est fermée, etc., il y a une interpellation d’un type qui n’appartient pas à la faculté, par exemple ? Qu’est-ce qui se passe à ce moment-là ? Qu’est-ce que je fais ? Là, j’avoue, j’ai beaucoup moins de position prise d’avance parce que, à ce moment-là, je dépendrais beaucoup plus aussi des réactions et des étudiants et des autres professeurs.

Voix masculine : [Inaudible]

Deleuze : Oui, sûrement, oui, ça a rien fait.

Voix masculine : [?] de la brigade des stupéfiants : elle vient, elle nous dit : alors vous, qu’est-ce que vous pensez ?

Voix masculine : [Inaudible]

Deleuze : Ouais… ouais… C’est pas seulement le plan des principes, c’est aussi, encore une fois, la question : que faire ? Parce que, encore une fois, dire : dans ces conditions, je fais pas cours, euh… c’est… c’est comme si moi tout seul je disais : je vais faire grève. Euh… ça me paraît… c’est quand même très différent de s’il y a interpellation quelconque d’un étudiant au moment où fonctionnent soit telle UV, soit des UV en général, où là ça me parait un… un autre seuil, quoi. Alors, autant dans le second cas, j’ai aucun problème, dans le premier cas, ça me parait plus compliqué parce qu’il me semble que… qu’on dépend forcément plus d’un mouvement général.

Voix masculine : [?] …prêts à dire d’une façon concrète que, s’il y a les vigiles, on s’en va ailleurs faire le cours, dans la nature, pour essayer déjà de montrer aux gens que, avant tout, nous sommes là…

Deleuze : Oui, ça a un avantage, ça, faire cours ailleurs, à mon avis, ça a un avantage, puisque, à ce moment-là, ce n’est pas dans une position où je fais grève.

Voix féminine 2: Oui.

 [Inaudible]

Deleuze : Oui, oui, non, non.

[Inaudible]

Voix masculine 11 : Les vigiles, c’est une affaire qui vient de chez nous, c’est-à-dire que c’est universitaire, ça se trouve bien dans la cité universitaire. Alors on se dit, quand même, à Vincennes c’est un précédent, on n’a jamais eu de vigiles, [?] très bien… [?]

Voix féminine 2: c’est peut-être même pas… on sait même pas… à qui répondre…

[inaudible]

Voix masculine 11: qu’est-ce qui se passe ?  C’est que leur impact n’est pas le même !

Deleuze : Ah ben je suis bien d’accord… c’est pour ça que je demande… oui

[Inaudible]

Deleuze : Oui, ça a disparu, c’est très curieux, ce truc… qui… et puis tout disparait.

Voix masculine 12: ...Parce qu’on sait que c’est une affaire bidon !

Voix féminine 2: Ils le savent même pas eux-mêmes…

Deleuze : Encore une fois, ça aurait pu ne pas être une affaire bidon.

Voix masculine : Il y a trois mois… [?]

Voix féminine 2: Mais le silence, c’est pas moins que…

 [Inaudible]

Voix masculine 13: …a été formé, demandant à tous leurs départements de donner tous les résultats de leurs recherches depuis dix ans. C’est-à-dire, il y a une campagne, non pas seulement nationale au niveau de la France, mais au niveau de toute la communauté européenne, pour régler ce qu’on appelle actuellement le problème de la drogue, ce qui a opposé plusieurs départements, celui de la démographie, celui de la médecine, celui de la [?] … et beaucoup d’autres départements…[?]  des choses comme ça. [?] Cette action qui est à Vincennes elle doit relever, elle doit continuer à relever du Conseil de l’université. Bon, le problème de la drogue ne pourra jamais être vraiment résolu. C’est vraiment un problème, ils ont arrêté des projets beaucoup plus importants, cette année…

Deleuze : Oui, mais [?] notre problème depuis le début, je pense que tout le monde l’a compris, n’est absolument pas le problème de la drogue. Notre problème depuis le début, euh, y compris la présence de la brigade, y compris les vigiles etc., est un problème qui concerne la normalisation de Vincennes et… ce qui se passe à Vincennes. Ce serait un trafic qui ne serait pas de drogue, et un autre trafic, le problème se poserait de la même manière, c’est que c’est le prétexte actuel pour cette remise en ordre de Vincennes.

Voix masculine : … c’est savoir combien on peut accentuer une action de ce genre, si on pense vraiment essayer de tout voir à la fois, ça va et paralyser le travail à la faculté et nous mettre dans des situations…

Deleuze : Je comprends pas ce de… de quoi il parle, là ?

Voix masculine : le problème de Merlin… [inaudible]

Deleuze : Eh oui eh oui eh oui eh oui

[Inaudible]

Deleuze : Oui

[Inaudible]

Voix masculine : …c’est pas une question de drogue.

Deleuze : Non, complétement, complétement. Mais encore une fois le pseudo-problème de la drogue ne vaut pas du tout en tant que tel, dans tout ce qu’on a dit depuis le début.

[Inaudible]

Deleuze : Oui, oui, mais enfin, je tiens à le redire, oui.

Voix masculine 14 : Le problème des étudiants [?] C’est une atteinte à [?], ça commence par des étudiants étrangers, ça va passer par des auditeurs libres, puis ça va passer par les non-bacheliers, puis etc. jusqu’à la [?]nombre voulu d’étudiants dans…

Deleuze : Oui oui oui

Voix masculine 14: élimination, bien sûr de départements qui n’intéresse pas du tout…

[Inaudible]

Voix masculine : Ce n’est plus de la provocation, maintenant. C’est fini : la provocation, ils l’ont déplacée. Maintenant, ils passent à l’action.

[Inaudible]

Voix masculine : c’est fini, même s’il retire sa plainte, c’est fini, le procureur ne va pas revenir [?]

Deleuze : Non mais, ça, c’est autre chose. D’accord. Ça n’en serait pas moins quelque chose de très très important si le président retirait sa plainte… ça ne sauverait sans doute pas l’éthique, ça va de soi, mais, ne serait-ce que pour l’avenir : ce serait un gain très très… très important.

[Inaudible]

Deleuze : Alors ce dont j’ai peur et ce dont je ne sais pas, mais je crois que… depuis huit jours Châtelet s’en occupe beaucoup, c’est : savoir au juste qu’est-ce que représente… notre…, en gros, si je peux appeler ça comme ça, notre courant par rapport à l’ensemble de Vincennes ? Je crois et j’aurais voulu savoir… Il y a personne qui fasse de l’histoire, ici ? Je crois que le département d’histoire a produit des textes de protestation. Personne n’est au courant des textes du département d’histoire ?

[Inaudible]

Deleuze : Oui ? Tu l’as lu ?

[Inaudible]

Deleuze : Oui. Seulement, en effet, à part ce moyen évident, qui est : protestation auprès du Conseil, protestation des profs auprès du conseil. Euh…

Voix masculine : [Inaudible]

Deleuze : Oui, oui, le département de philo a fait une lettre, oui. Uniquement sur les vigiles, hein, oui.

voix masculine : Hier, en cours, nous avons commencé à rédiger deux lettres relatives à la brigade des stupéfiants et aux plaintes, et… leur demander si…[?]

Deleuze : Ah bon ! Ah bon. Ah bon. Hier alors ? Il s’est chargé de la mettre… ?

Voix féminine : Il l’a fait parvenir immédiatement…

Deleuze : Ah, il l’a portée à Merlin ! D’accord, oui.

Voix masculine : La première lettre. Pour la deuxième [?] elle a été portée à Merlin. Mais ensuite nous avons décidé [?] nous avons commencé à rédiger deux lettres, relatives à la brigade des stupéfiants, à la police, et relatives aux plaintes qui ont été posées contre les étrangers.

Deleuze : Bon. Et des lettres adressées au Conseil, alors ? Ou à Merlin.

Voix masculine : Adressées au Conseil.

Voix féminine : Et je crois, au journal, aussi. Parce que…

Deleuze : Oui, oui

Voix féminine: … parce que [?] a rencontré un journaliste, et il a dit que… [?] a donné la lettre

Deleuze : C’est ça. Un type de l’AFP, oui, oui.

Voix masculine 15 : …C’est très marrant parce que les gens… [?]  qui voulaient absolument [? retrait de ?] la brigade, y a des gens qui [?] … c’est toujours pareil, qui veulent faire la révolution, qui veulent que des mains se lèvent, aller faire des manifestations….

Voix féminine 2 : ben qu’ils aillent les faire…

voix masculine 15 : … c’est encore une AG qui a été complétement foireuse, parce qu’une fois que Merlin est venu, il a dit : de toute manière, j’ai décidé ça et ça, tout le monde est parti…

Deleuze : ça se…, en effet, on tourne autour de… c’est quand même pas beaucoup… euh… Je veux dire, la protestation auprès du Conseil, d’une part c’est pas grand-chose : il en a vu d’autres, le Conseil, et, d’autre part, l’inconvénient est que, il est assez probable que ça montrera que les protestataires sont malgré tout une minorité. Alors, est-ce qu’il y a pas autre chose ? Est-ce qu’il y a pas autre chose à faire ?

Voix masculine : Oui, si la protestation est vraiment soutenue par les étudiants…

[Inaudible]

Voix féminine4 : Ce qui était bizarre, à cette Assemblée Générale…

Deleuze : Attends, tout de suite, hein

Voix féminine 4: Ce qui est très bizarre, c’est qu’ils ont mis une énorme énergie pour aller chercher le conseil, et puis une fois que le conseil a été là, et que Merlin a dit qu’il n’accordait que le premier point et qu’il n’accordait pas les deux autres, il n’y a eu, il n’y a eu aucune protestation, enfin je n’ai rien entendu… les gens sont sortis et c’est fini.

[Inaudible]

Voix féminine 4 : A la fin vous n’avez pas protesté !

Voix masculine : Mais vous, c’est ils !

[Inaudible] [Rires]

Voix féminine 4 : Non, mais écoute, dans l’ensemble on n’a pas protesté, voilà.

Deleuze : Oui, tu disais… quoi ?

Voix masculine : [?] …Il y a un principe à [?], c’est Vincennes, université pour tous.

Deleuze : Oui, pour tous, ça veut dire : non-bacheliers, étrangers, auditeurs libres. Ça, on est bien d’accord. Mais…, ben, visiteurs, c’est auditeurs libres, ou ben… promeneurs libres, quoi… promeneurs.

[Inaudible]

Deleuze : Oui, oui, oui, oui.

[Inaudible]

Deleuze : Oui, notamment, dans ce texte de Merlin, une phrase, moi, me fait euh… presque froid dans le dos, parce que, à la suite de toutes les mesures annoncées, le texte se termine par : « enfin, une large information sera menée à l’extérieur ». Euh… par qui puisque… euh… bon, alors… « Une fois ces mesures mises en œuvre, pour faire savoir que l’université assure ses responsabilités. » Alors, en effet, « l’université assure ses responsabilités », ça veut dire, il me semble, ça veut dire au gouvernement, à peu près : nous ne poursuivons pas les mêmes buts que vous, mais nous sommes complétement d’accord. En tout cas, nous sommes complétement d’accord sur les moyens. Alors… hopf… bon. Mais alors, je suis bien d’accord sur toutes les histoires des principes, notamment celle que tu rappelles, mais, encore une fois, on retombe dans la question : quoi quant à…, quoi immédiatement quant à brigade et…. les plaintes ? Moi je dis quelque chose quant à la remarque que l’un d’entre vous a faite sur l’utilité que pourraient avoir des profs intervenant dans des journaux. À mon avis, y a déjà des longues années que c’est foutu, hein. C’était encore possible y a… je pense, cinq, six ans. Aujourd’hui, moi, je vous le jure que, à mon avis en tout cas, c’est devenu impossible car les journaux ont changé radicalement de structure. Si vous prenez un journal comme Le Monde, il n’y a même plus l’équivalent de ce qu’était, dans l’ancien Monde, « la libre opinion », où un pauvre type donnait son avis. Et c’était encadré, il y avait le titre « libre opinion », il n’y avait pas de commentaires. Les journaux ont inventé des nouvelles techniques qui me semblent très… qui vont de soi… pas formidables, mais très très efficaces. Le Monde a inventé par exemple sa seconde page particulièrement grotesque qui fait notre joie à tous… chaque fois qu’on le lit, ou qui est vraiment… l’idée comme un dépotoir…, comme dépotoir d’un journal. Euh… bon. Supposons que quelqu’un fasse passer…, arrive à faire passer… on le fout dans cette seconde page. Bien entendu, n’importe quel exemple… Châtelet, Lyotard ou moi, on arrive à faire passer un [?] sur la question de Vincennes actuellement. C’était évident que, on nous foutra…

 

(3)

Deleuze : …C’est ça, à mon avis, il n’y a plus [?] qu’un moyen d’intervenir dans les journaux actuellement, c’est sous la forme payée… Sous la forme le placard payé. Or c’est très très cher. D’une part, c’est très cher, d’autre part je suis pas sûr que ce soit très très efficace. Oui ?

[Inaudible]

Deleuze : oui… Ils sont pas forcés puisque ça ne vaut le droit de réponse que si Lyotard était pris à partie…

[Inaudible]

Deleuze : Ils le publieront pas.

[Inaudible]

Deleuze : ... Ils le publieront pas. Y a que Merlin qui peut, or on peut penser qu’il ne le fera pas. [Rires]

Voix masculine 16 : Le commentaire de [L’Aurore ?], ce matin, est encore…

Deleuze : Qu’est-ce que dit [L’Aurore ?] ?

Voix masculine 16 : inimaginable [?] c’est incroyable [?]

Deleuze : Euh… Quel [?] 

Voix masculine : Vincennes, en gros… [inaudible] Vincennes [?] de trou de rats, ou quelque chose comme ça…[?]

Deleuze : Ouais. Bon, bon, bon… Non, moi je crois que c’est possible, ça... euh… faire cours dans… dans… dans une épreuve de force, faire cours ailleurs. Mais encore une fois, ça peut pas tenir longtemps, et…

Voix masculine 17 : Là, j’ai un plan génial

[Inaudible]

Deleuze : Oui et c’est pas sans danger, vous avez raison, c’est pas sans danger.

Brouhaha [Inaudible]

Deleuze : Oui. T’as un plan ?

Voix masculine : On fait, on fait un scoop, on fait un scoop…

Voix féminine 2 : Merlin en train de fumer !

Voix féminine : Devant les journalistes, évidemment et… et en essayant de trouver les gens de la brigade des stup, on prend Merlin, on le ligote, on met un gramme de quelque chose, et on le livre aux stupéfiants. C’est lui qui est à l’origine…

Voix féminine : …La drogue dans ses poches. 

Voix masculine : Et on fait en [?] quelque chose à l’italienne.

[Inaudible]

Voix féminine : Tu fais quoi, toi ?

Voix masculine : Ce sera déjà ça. On verra pour le reste…

Voix féminine : C’est comme ça qu’on l’a pris…

Voix masculine : On verra pour le reste.

Voix féminine : Ah, c’est fou.

Deleuze : Alors en effet, le… la chose, en effet, que… quelqu’un vient de me rappeler, c’est qu’il y a d’autre part ces textes qui sont en préparation, là, par Châtelet… mais, là, encore une fois, c’est simplement la petite filière, ça consiste donc à donner des textes au conseil, des textes de protestation… Oui, oui, oui, oui…

[Inaudible]

Deleuze : Faire des tracts, ah, ça ! Ouais…

[Inaudible]

Deleuze : Non, mais déjà la distribution de tracts à Vincennes serait très très bonne. Euh… ça a été fait ou pas, là, avant ? Il y a eu beaucoup de tracts ou pas ?

Voix masculine 18 : Je pense que la question est pour nous… Je pense, la question…

Voix masculine 19 : Il y a une manif, le 14.

Voix masculine 18 : Je pense, la question, elle n’est pas de répondre au problème soulevé par le conseil et Merlin par des tracts, la preuve nous est donnée hier, c’est que même avec des… la pression très forte des étudiants, [?]… et même [?] conseil… ce même conseil n’a pas pu décider [?] un seul point. [?]… je sais pas mais… vous n’êtes pas au courant ? La porte a été cassée, les gens rentraient par la fenêtre, sortaient par les fenêtres... le conseil a été pris d’assaut… à tel point que la discussion a été interrompue, donc je pense que la question des tracts, c’est complétement absurde, ça n’aura aucun effet….

Voix masculine 20 : ce qui est un peu gênant, c’est qu’il n’y ait pas une réelle réaction contre la brigade des stupéfiants et [?] troisième fait des procès, tu vois ? Alors que les vigiles, ça a soulevé véritablement une action, tu vois ?

Deleuze : Oui, ça c’est très important, oui oui… Quelle heure est-il, là ?

Voix féminine 2 : Une heure quinze ? Une heure vingt… Oui. Trente… Une heure trente.

Voix masculine 20: Ça veut dire que les gens, à l’intérieur même de l’université, ne sont pas véritablement concernés par cette affaire, et même s’ils sont concernés, ils préfèrent s’en passer parce que… en tout… en plus il sont pas… ils ne se sont [?] comme ici, tu vois, eux quand ils rentrent à l’université, c’est pour aller en département de littérature, ou d’anglais américain [?] à la fin, ça encourage pas, quoi. Ils sont pas très encouragés. Moi, je crois même qu’il y a même un problème. Maintenant, s’il y a un problème, il faut bien parler avec les gens, tu vois ? Avec les gens de la fac. [?] Si tu parles pas avec eux, c’est même pas la peine…

Voix masculine 21 : Voilà justement ce que t’es en train de dire : ils ont réussi par la normalisation, les examens, les… tout ça à démobiliser les gens sur…

Voix masculine 22 : Ça, par exemple, c’est un problème très important, parce que dans la ra… à la radio, dans les journaux qui apparaissaient il y a presque un an, il y a des articles qui sont écrits, où ils tendent presque à dire : maintenant dans les les universités et dans les lycées, les lycéens et les étudiants sont disciplinés, normalisés, passifs, ils consomment du savoir, ils veulent du travail, ils veulent leur avenir. Donc, si [?] par exemple… [inaudible] … en plein amphithéâtre de la Sorbonne, pour… 

Deleuze : C’était chouette, ça.

Voix masculine 22 : …après, après, justement, un petit discours de réponse à Lévi-Strauss, il dit : aux intellectuels, je vous assigne une fonction critique, c’est votre travail de critiquer, mais à condition que vous soyez réalistes, à condition que le réalisme soit la ligne de votre critique… [?] devant tout le monde assemblé, les intellectuels et les meilleurs ouvriers de France, voilà la photo de famille de la France en 1980 [rires]. Autrement dit, autrement dit à la Sorbonne, même dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, où il y avait eu tant d’agitation et tant de tumulte en mai 68, là, c’est vraiment, même dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, la normalisation. Alors pourquoi ne pas penser, en fonction de ça, qu’un conseil d’université ici, peut tester à Vincennes, la capacité de résistance des étudiants ?

Deleuze : Oui, certainement, oui…

Voix masculine 22: Pourquoi si justement ils sont aussi bien normalisés, dressées, domestiqués qu’ailleurs ! Autrement dit, leur coup a raté, vu qu’il y en avait quarante qui discutaient au plus, avec des vigiles, donc ils font machine arrière.

Deleuze : Oui, ah ça d’accord, oui…

Voix masculine 22 : …tester notre capacité de résistance.

[Inaudible]

Deleuze : Pauvre Merlin [rires].

[Plusieurs interventions inaudibles et brouhaha]

Deleuze : En tout cas… tout ça… il se dégage quand même quelque chose : euh… l’extrême importance… l’extrême importance que tous ceux qui peuvent, hein, soient là le jour de la réunion du conseil. Euh… c’est le 15 hein ? Tu dis.

Voix féminine 2 : Samedi 15.

Deleuze : C’est le 15 : il faut être… il faut être… il faut être tous là.

[Inaudible]

Voix masculine : Un samedi !

Voix féminine : C’est un samedi exprès pour qu’on...

Voix masculine : Après voilà. Aussi un point peut-être, qu’il faut faire pression à ce que la réunion du conseil puisse tenir un jour de semaine, parce que le samedi, c’est la catastrophe… [?]

Voix féminine : C’est absurde !

Voix masculine : …Donc c’est un point sur lequel ils peuvent réfléchir aussi ! Je pense, c’est étudié minutieusement dans le but, là même…

Voix masculine : Ah oui !

Deleuze : Oui, même, oui !

Voix masculine : Ils sont pas cons, les mecs !

Voix masculine : Si on est mobilisé on le sera aussi lundi. Si on est mobilisé avant, on le sera un lundi. C’est-à-dire que les gens auront… auront… auront le temps de réfléchir dimanche pour agir le lundi.

Voix masculine : [?] pas question... je pense…

Voix masculine : Je crois qu’il y avait un camarade qui avait proposé une chose assez intéressante : c’est de mettre une radio, enfin de mettre des hauts parleurs ici à la fac, pour informer quotidiennement les gens et pour poser véritablement le problème. Je crois que ça, c’est…[?]

Deleuze : Oui, oui, oui, oui. En tout cas, encore une fois, même si la réunion est maintenue le samedi 15, hein, même si elle reste le… un samedi, je crois que c’est essentiel, essentiel d’y être ! Oui !

Voix masculine 18: Bon mais c’est-à-dire le danger, c’est que tenant compte, si vous voulez, de la population vincennoise qui est quand même ouvrière, qui travaille [?] reposer, le dimanche étant quand même ce… ça va se solder une véritable catastrophe qui laissera comme ça les mains libres au conseil [?] Merlin [?] ce qu’il veut, quoi, de reprendre tout simplement les décisions qui ont été votées. Puis y aura plus aucun changement parce que moi, j’ai fait l’expérience, hier, avec toutes les pression que… que nous avons faites, eh ben… ça n’a pas donné un résultat quand même…

Voix masculine : Parce que les gens étaient pommés, ils ne savaient pas de quoi ils parlaient vraiment…

Voix masculine 18 : Si si si si. C’était convenu de ne pas dissocier les trois points !

[Inaudible]

Voix masculine : [?] durant ces quinze jours, on peut… on peut faire pression…[?]

Voix masculine : ?

Deleuze : Non, mais les pressions, les pressions… A force de parle de pressions tout court, on ne sait plus de laquelle on parle, parce que il y a des pressions de tout ordre. Il y a, par exemple…, on nous signale qu’il y a une pression très précise à opérer, et sous quelle forme exiger que le conseil ne se tienne pas un samedi… bon, ça c’est déjà un type de pression. Euh… c’est très différent de la pression en plus sur le contenu des décisions du conseil. Mais il y a ce problème en effet du samedi.

Voix masculine 18 : [?] de la réunion le samedi n’est pas à laisser passer comme ça [?]

Deleuze : Évidemment

Voix masculine : Tous les bourgeois qui partent en week-end, ils seront pas là eh ben, tant mieux !

Voix masculine : Exactement.

Voix masculine : Tout les bourgeois qui partent en week-end sont pas là, tant mieux !  Tant mieux ! Ah oui !

Voix féminine 2: Exactement.

Deleuze : Oui, ce serait… ce serait… ce serait bien, si c’était tout à fait vrai ce que tu dis, mais parmi les gens qui partent en week-end, il y a des types qui sont pas des bourgeois, vous voyez ce que je veux dire… [rires] Oui, mais on retourne toujours dans le même petit cercle : que faire, par exemple, pour exiger, point précis, que la réunion n’ait pas lieu samedi, que faire sauf des adresses au conseil ? qui dira que… il est libre de son ordre du jour, qui inventera toutes les raisons pour dire que… que… que… il ne peut pas un autre jour que le samedi, etc., etc.

Voix masculine : On les empêche de se réunir.

Deleuze : Alors, on les empêche de se réunir.

Voix féminine 2 : Donc tout le monde vient samedi [rire].

Deleuze : Donc, à nouveau, il faut que tout le monde vienne samedi.

Voix féminine 2 : c’est complètement idiot

[Inaudible]

Deleuze : oh, si, l’occupation… l’occupation suffit.

[Inaudible]

Plusieurs interventions inaudibles

Voix masculine 23 : S’engager à ce niveau-là en voulant… en voulant envoyer l’adresse au conseil [?] il faut voir, c’est un dilemme… c’est à…

Deleuze : Ben oui, mais écoute, on est tous d’accord là-dessus puisque, quand on parle d’adresse envoyée au conseil, c’est justement pour dire : si on n’a que ça, c’est risible. Oui, ça, tout le monde est d’accord sur ce point…

[Inaudible] 

Voix masculine : Merlin, il cherche la bagarre.

Voix féminine : Merlin attend que ça.

Voix masculine : et il attend que ça.

Deleuze : Moi je pense que…

Voix féminine 2 : donc il faut aller à la réunion.

Deleuze : Moi je pense que… que en tout cas, que le conseil, comme on disait, il y a pas tellement lieu… Il y a des [?], mais c’est tout.

Voix masculine 23 : Le conseil actuellement, par rapport à ça, ces deux problèmes-là, c’est pas le problème ! C’est pas au conseil qu’il faut [adresser ?]... je sais pas. S’il faut s’adresser à quelqu’un, s’il s’agit de s’adresser à quelqu’un… [?]

Voix féminine 2 : Ben… Merlin, il en fait pas partie, du conseil ?

Deleuze : Si…

Voix masculine 23 : …parce que, parler à Merlin, comme ça : mm, Merlin... Pour toutes les UV, je pense que pour toutes les UV qui se réunissent [?] voir ce qui peut se faire, on a le droit de… [?]

Deleuze : Il faut passer par ?

[Inaudible]

Deleuze : Oui, mais concrètement, ça veut dire quoi ?

Voix masculine 23 : Concrètement, c’est très simple ! Ça veut dire faire du porte à porte… [?] ou alors faire des tracts euh… Il faut voir… avoir de l’imagination [?]

Deleuze : Aaah de l’imagination, d’accord. D’accord. D’accord. D’accord.

Voix masculine : Les fois précédentes, souvenez-vous, pour l’affaire de [?] c’est une affaire qui a démarré parce qu’il y avait… [inaudible]

Deleuze : Oui, mais pourquoi tu dis ça, là ? On est tous là depuis deux heures…

Voix féminine2 : …À ne pas avoir d’imagination… [?]

Deleuze : …il semble qu’on s’y intéresse très vivement donc euh…, au moins ceux qui sont là… Oui ?

[Inaudible]

Deleuze : Oui, je suis frappé, notamment ce qui vous donne raison, c’est que… d’habitude il y a nettement plus de monde. C’est déjà un peu inquiétant, mais il y a beaucoup de types qui ont dû se dire « ben oui », beaucoup d’auditeurs libres qui ont dû se dire « ça ne va pas aujourd’hui… » oui, oui, oui. 

Inaudible

Voix féminine 2 : Le bruit est un parasite.

Deleuze : Ouais, ouais, ouais.

[plusieurs interventions inaudibles]

Deleuze : Oui, oui, oui.

[Inaudible]

Deleuze : Euh… Lyotard, il a son UV quel jour ? Le jeudi, non ?

Voix féminine 2 : Jeudi soir.

Deleuze : Jeudi soir, hein ? Je cherche comme des points de… de repère, où on pourrait donc… Il y a les textes de Châtelet donc, qui ont été… esquissés hier. Il y aura l’UV de Lyotard jeudi. Euh… je me dis : qu’est-ce qu’on a comme points de rencontre possibles d’ici le 15, hein ? Euh… donc urgent, en effet urgent de chercher des… de chercher des moyens pour cette première pression, euh… que le conseil ne se tienne pas un samedi. S’il se tient quand même un samedi, encore plus urgent d’y être extrêmement, extrêmement nombreux.

Voix féminine 5: on a parlé de… d’envoyer les adresses au conseil… au conseil de faculté, au conseil de [?], est-ce qu’il ne serait pas plus efficace de s’adresser à chacun des membres ?

Deleuze : Personnellement ?

Voix féminine 5 : Personnellement. Et de demander à chacun de ces membres, de s’expliquer devant le département auquel il appartient. Moi je pense que ce serait utile.

Deleuze : Sauf que, je suppose que certains départements les acquitteront d’avance, c’est-à-dire diront qu’ils n’acceptent pas cette procédure.

Voix féminine 5 : Non, moi je ne pense pas que tous les étudiants des… des… même des départements normalisés soient d’accord ! Ça je ne le pense pas : on va faire confiance aux étudiants, si nous ne faisons pas confiance à la direction des départements. Je pense que cette espèce de… de collectivité anonyme, « Le Conseil », auquel on s’adresse, c’est rien du tout. Mais chacun des membres, ça a un autre [?]

Deleuze : C’est vrai, ça. C’est vrai, c’est vrai, c’est vrai.

Voix masculine 18 : Je pense que parler des membres du personnel, un à un : ben, là aussi c’est… c’est… c’est tomber dans l’erreur, car les membres du personnel, ils forment aussi … je sais pas, des microstructures à l’intérieur même du conseil, ils sont bien structurés…

Deleuze : Oui, oui.

Voix masculine : …ils appartiennent à des partis et à des syndicats, ils ont des positions politiques connues !

Voix féminine 5 : Mais ils très sont gênés…

Voix masculine 18 : …donc c’est une toile d’araignée bien tissée que… qu’il est vraiment difficile de… de défaire, quoi, de…

Voix féminine 5 : Ça ne l’est pas tellement. Parce que, il y a la personnalité de chacun qui n’est pas tellement fier d’être… d’être mis en vedette et d’avoir…

[inaudible].

Voix féminine 5 : C’est-à-dire qu’ils sont même sensibles au fait d’être mal-à-l’aise [?]

[inaudible]

Voix masculine : Mais il n’y a pas de contradiction entre la politique [?] par exemple, parce que ce sont des organismes… [?]  Surtout que Merlin, il ne veut pas céder. S’il n’y a pas une forte pression sur le conseil, il ne cédera pas. [?] L’ensemble des organisations qui sont représentées dans le conseil, [?] sont tout à fait d’accord avec… [?] Il faut pas trop polariser sur Merlin [?]

Voix masculine 18 : Ben voilà, je pense là aussi que dire que les membres des partis sont tout simplement des personnes comme vous et moi ; c’est… c’est complètement faux ! C’est une lutte acharnée de tendances à l’intérieur, la preuve c’est pas… c’est pas un hasard si telle ou telle tendance, telle exigence, se font plus haut, se prennent toujours d’après le rapport de forces. C’est pas… il ne faut pas se faire d’illusion, ce ne sont pas des personnes comme ça… prises, comme ça… par exemple dans le département, s’il y a un jeu politique, un intérêt politique réel qui fait que…

Deleuze : Oui, oui, oui.

Voix masculine 18 : …comme d’habitude, d’une manière bien structurée.

Voix masculine : Mais il y a aussi des choses, les faits réels parlent tous seuls, par exemple regardez Merlin [?] parait-il, sur l’idée de rester à Vincennes. [?]même carrément qu’il y a une traction du conseil qui s’appelle [?]

Deleuze : Oui.

Voix masculine : Alors ça c’est bien.

Deleuze : Ça c’est la minorité du conseil.

Voix masculine : Ces gens-là…

Deleuze : Mais bizarrement, c’est d’un type de cette minorité qu’est venu…

Voix masculine : D’accord… Attendez un instant, attendez un instant. Alors, c’est… donc il y a des gens, qui sont pour rester à Vincennes.

Deleuze : Non, puisque notre question, c’est : ceux qui disent qu’ils sont pour rester à Vincennes, est-ce qu’ils y croient ?

Voix masculine : Ben c’est ça !

Deleuze : Moi je penche pour: ils y croient pas…

Voix masculine : Parce que, ils prennent pas à charge pour eux-mêmes, de dire : nous, on n’y croit pas. C’est aux étudiants, de savoir s’ils y croient ou pas. Pas au conseil administratif.

Voix féminine 6: Ou alors rester…

Voix masculine : À Vincennes, ça ne s’est jamais fait autrement, quoi.

Voix féminine 6 : Ou alors rester à Vincennes en nous normalisant complétement.

Voix masculine : C’est pour ça qu’on ne peut pas… On ne peut pas accuser le conseil de publicité [?] si on ne voit pas comment la chose fonctionne. Le conseil il a [?]

Deleuze : Oui, oui.

Voix masculine : Parce que, à l’époque où…

[Inaudible]

Deleuze : Oui.

Voix masculine : Là, ce qu’on appelle une minorité, c’est-à-dire [?] ils se prennent pour une majorité. C’est-à-dire que [?] c’est eux qui votent quand même [?]

 [Inaudible]

Voix masculine : Ce qu’il faut voir, c’est que Merlin a une tactique tout à fait radicale de [?], enfin, il [?] à droite ou à gauche selon les circonstances, [?] il s’est appuyé récemment sur [?] Vincennes, [?] pour rester ici [?]…soutenu Merlin contre l’intersyndicale qui étaient prête à partir à Saint-Denis, notamment, que ce soient les communistes qui avaient sorti un tract [?] novembre, pour [?], pour le transfert à Saint-Denis, mais… et que ce soit la droite… [?]le département d’anglais, qui aussi était partisan d’aller à Saint-Denis [?]. Et qu’il y a eu… une alliance s’est faite entre une minorité intersyndicale, les [?] et puis Merlin, ben… [?]

Voix masculine : Je propose qu’on tire des conclusions, parce que…

Deleuze : D’accord. D’accord. Eh ben… eh ben… ah ah…. Moi, les conclusions… uniquement les conclusions que… que je proposerais, c’est : donc, même si on pense que c’est pas très efficace, se tenir au courant, ça…, ça je le ferais vis-à-vis de Châtelet, de l’état des textes et de l’usage des textes euh… qui ont été projetés dans son… hier avec lui. Euh… voir si… il y a lieu d’en tirer des tracts. Deuxième point : euh… possibilité d’une… d’une rencontre à l’UV de Lyotard, ce qui nous donne… deux, trois jours, j’imagine. En deux, trois jours, on peut avoir… un élément peut surgir, tout ça, il faut beaucoup avoir, il me semble, des points de rencontre possibles. Possibilité donc, au moment de l’UV de Lyotard, et, lui, qu’est-ce que… qu’est-ce que son UV proposera. Euh… important d’ici même jeudi, ou d’ici… trouver, ou chercher ou… essayer de concevoir les moyens d’action pour réclamer euh… que le conseil ne se tienne pas le 15, ne se tienne pas un samedi. Enfin, à quelque moment qu’il se tienne, vraiment, y aller. Y aller tous. Je veux dire, immédiatement, c’est… c’est les choses que je vois.

[Inaudible]

Brouhaha

Deleuze : Quand même, ce serait mieux pour tout le monde, pour…, enfin, pour nous, si ce conseil n’avait pas lieu un samedi, si c’était possible…

[Inaudible]

Deleuze : Oui, oui, oui, oui, oui, oui, oui, oui, oui. Bon eh ben… oui.

[Bruit de chaises]

Deleuze : Eh ben on n’a pas travaillé !

Voix féminine 2 : Non.

Deleuze : Alors, dis-moi…     

 

Lectures in this Seminar

A Thousand Plateaus V: The State Apparatus and War-Machines II / 01
A Thousand Plateaus V: The State Apparatus and War-Machines II / 02
A Thousand Plateaus V: The State Apparatus and War-Machines II / 03
A Thousand Plateaus V: The State Apparatus and War-Machines II / 04
A Thousand Plateaus V: The State Apparatus and War-Machines II / 05
A Thousand Plateaus V: The State Apparatus and War-Machines II / 06
A Thousand Plateaus V: The State Apparatus and War-Machines II / 07
A Thousand Plateaus V: The State Apparatus and War-Machines II / 08
A Thousand Plateaus V: The State Apparatus and War-Machines II / 09
A Thousand Plateaus V: The State Apparatus and War-Machines II / 10
A Thousand Plateaus V: The State Apparatus and War-Machines II / 11
A Thousand Plateaus V: The State Apparatus and War-Machines II / 12
A Thousand Plateaus V: The State Apparatus and War-Machines II / 13