February 5, 1980

For the moment, we have acquired something like two forms of “State”, and … we tried the last time to show in what ways this second figure was as if inscribed or, at least, traced in its path within the first. … What happens “next,” “next” in quotes since it’s not necessarily any evolution. … I would ask as well: what happens elsewhere? Or even: are there other figures besides the two grand figures that we have? … So, what is happening? I want to pose the question like this, in order to move us forward a bit because … everyone know generally what capitalism is, , but … an entirely different exercise would be to pursue one that consists of affirming: well, let’s look a bit for a definition. Which makes us say: well yes, at one moment or another, there was either a burst of capitalism or something that already presents itself as emergent capitalism. So, my question is – you see it immediately --: does capitalism represent yet another concept besides our two preceding concepts?

Seminar Introduction

Following publication of Anti-Oedipus in 1972, Deleuze continues to develop the proliferation of concepts that his collaboration with Guattari had yielded.

As part of this process of expanding these concepts in order to produce the sequel of Capitalism & Schizophreinia, A Thousand Plateaus, this series of 13 lectures on "The State Apparatus and War Machines" constitutes the major seminar of 1979-80 and Deleuze's penultiimate consideration of these concepts. He then returns to the history of philosophy with five sessions on Leibniz and then concludes the academic year, at his students' request, with two final sessions of reflections on Anti-Oedipus

English Translation

Edited

Building on the two forms of the State delineated previously – topical or qualified conjunctions between  decoded flows and the imperial machine for overcoding already coded flows --, Deleuze moves forward to find some kind of definition for capitalism and for its possible intersection with the forms outlined previously. Here Deleuze explores many terms familiar to Marxist analysis: property, profit, means of production, as well as the different national paths taken in the development of the capitalist system.

Gilles Deleuze

Seminar on Apparatuses of Capture and War Machines, 1979-1980

Lecture 08, 05 February 1980

Transcribed by Annabelle Dufourcq

English Translation Forthcoming

French Transcript

Edited

In advance of (or nearly concurrent with) the publication of A Thousand Plateaus, Deleuze develops a significant analysis of key points from the sequel to Anti-Oedipus.

Gilles Deleuze

Séminaire du 05 février 1980

Appareils de Capture et Machines de Guerre

St. Denis, Séance 08

Transcription : Annabelle Dufourcq (avec le soutien du College of Liberal Arts, Purdue University)

 

Bien nous sommes dans la série de plus en plus… euh… sévère, de plus en plus… euh… abstraite de notre euh… recherche. Et, pour le moment, donc, on aura bientôt fini. On aura bientôt fini puisque j’avais prévu un semestre… euh… ça fera un peu plus du semestre et puis, après, on verra ce qu’on fait… autre chose de moins sévère. Alors… euh… vous voyez : on tient pour le moment comme deux formes, deux formes… “Etat”. Et ces deux formes “Etat”, elles sont… euh… d’une part elles sont pas spécialement évolutives, elles peuvent être mises en évolution… euh… la seconde après la première. Bon. Mais pas forcément non plus. Et surtout, elles sont pas du tout égales, elles sont pas du tout… euh… Il y en a une qui est relativement bien découpée, c’est l’appareil d’Etat comme surcodage. Surcodage de flux déjà codés. C’est que ne… nous a semblé être l’Empire archaïque. Je reviens pas là-dessus. Et puis on a vu une seconde forme. C’était plus du tout « surcodage de flux déjà codés », ou « la machine impériale archaïque », mais c’était quelque chose de beaucoup plus flou, à savoir : c’était partout… partout, et sous les formes les plus diverses. Ce que nous essayons de définir comme les conjonctions, les conjonctions qu’on appelait topiques, conjonctions topiques ou qualifiées, entre flux décodés. C’était en gros nos deux… euh…, nos deux concepts [?]. Conjonctions topiques ou qualifiées entre flux décodés, c’est très différent d’une machine impériale à surcoder des flux déjà codés.

 

On a essayé, la dernière fois, de montrer en quoi cette seconde figure était comme inscrite, ou, du moins, tracée déjà en pointillés dans la première. Mais, surtout, la seconde figure, c’est une vraie nébuleuse, puisque les conjonctions topiques entre flux décodés se présentent sous les formes les plus diverses, à savoir : elle correspond à tous les systèmes de relations de dépendance personnelle. En effet, ce qu’on appellera « conjonctions topiques entre flux décodés », c’est aussi bien les rapports de dépendance institués entre des objets qualifiés et des sujets déterminés, par exemple la terre et le propriétaire privé, ou bien l’esclave et le maître, ou bien, également, des rapports institués entre sujets, au pluriel, par exemple : le chevalier, dans la féodalité, le chevalier et le seigneur. Bon. Or, là, c’était tellement divers… peut-être est-ce que l’on peut comprendre, par exemple, à quel point certains historiens, à un certain moment de… l’histoire ont donné à « féodalité » une extension… euh… en tous les sens. Mais les historiens sont revenus très vite sur… euh… sur ce point et ont dénoncé cet usage… euh…, cet usage extensif de la catégorie de féodalité. En effet on se trouve, là, devant tout un ensemble, variable, très très variable, d’après toutes sortes de figures historiques de types de relations de dépendance personnelle, et, la relation de dépendance personnelle, il me semble que c’est exactement l’expression juridique d’une conjonction topique entre flux qui se décodent.

 

Bon, mais, c’est extraordinairement… c’est très très nébuleux… ah… euh… même, dans certains cas on se dit : mais non, il y a pas Etat là-dedans, il y a un tel émiettement des relations, ça empêche pas que, même dans les cas de féodalité où le concept d’Etat ne s’applique plus, cette féodalité est en rapport avec un Etat à l’horizon, avec un appareil d’Etat à l’horizon. En tout cas j’en reste là, donc, on tient ces deux concepts, ces deux gros concepts. Encore une fois : l’appareil à surcoder des flux codés, à savoir la machine impériale, d’autre part les relations de dépendance personnelle en tant qu’elles expriment des conjonctions topiques entre flux qui se décodent ou entre flux décodés. J’insiste : ces conjonctions topiques s’expriment donc dans des relations de dépendance soit entre un objet qualifié et un sujet déterminé, soit entre des sujets déterminés les uns par rapport aux autres. Voyez. Et… on en était là, bon. Et qu’est-ce qui se passe? Vous me corrigez… euh… à mesure que je dis… euh… quoi que ce soit. Qu’est-ce qui se passe après? Non : “après” entre guillemets. Qu’est-ce qui se passe ”ensuite”, “ensuite” entre guillemets, puisque c’est pas forcément de l’évolution, c’est pas forcément quelque chose qui vient après. Euh… je dirais aussi bien : qu’est-ce qui se passe ailleurs? Ou bien : est-ce qu’il y a encore d’autres figures, outre ces deux grandes figures qu’on a? Et vous voyez à quel point tout est varié puisque, la seconde figure, je peux même pas dire qu’elle ait une unité réelle. Alors qu’est-ce qui se passe?

 

Qu’est-ce qui se passe ailleurs? Je veux poser la question, là… euh… comme ça, c’est pour nous entraîner un peu, parce que tout le monde sait… euh…, tout le monde sait en gros ce que c’est que le… euh… que le capitalisme, mais c’est une tâche de… euh… de savoir et puis… euh…, et puis un tout autre exercice que l’exercice pratique qui consisterait à se dire : eh ben cherchons un peu une définition. Qu’est-ce qui nous fait dire : eh ben oui, à tel moment ou à tel endroit, il y a ou bien une poussée de capitalisme, ou bien il y a quelque chose qui, déjà, se présente comme le capital qui surgit. Ma question, c’est donc, vous voyez tout de suite : est-ce que le capitalisme représente encore un autre concept, outre nos deux concepts précédents? Donc je voudrais, là, être le plus clair possible, et que vous interveniez… euh…, puisque… euh… tout… euh… toute ma conclusion… euh… va tourner vers des problèmes de politique actuelle… Mais pas aujourd’hui. Je dis : moi, il me semble, en lisant… euh…, en lisant… Marx, et notamment Le capital, il me semble qu’il y a tout le temps deux définitions, deux définitions… euh… du capital. Et, ces définitions, elles sont très strictes, c’est-à-dire… euh… Et, pourquoi deux définitions? Ben je pense à une distinction courante dans la logique, dans la logique classique. On distingue, dans la logique classique, des définitions nominales et des définitions réelles. C’est pas Marx qui dit tout ça, c’est pour essayer de rendre très concret la question… euh… « quel intérêt y a-t-il à essayer de définir…

 

[interruption]…

 

….triangle, la figure formée par trois droites en fermant un espace. Je peux toujours appeler ça « triangle », c’est tout à fait indépendant de la question « est-ce qu’il y a des triangles? ». A savoir : cette définition ne montre pas la possibilité du défini. Est-ce que trois droites peuvent enfermer un espace? J’en sais rien d’avance. Donc vous voyez : on appellera « définition nominale » une définition qui ne nous dit rien sur la possibilité même du défini. Je peux toujours définir un cercle carré. La question de savoir si c’est possible / impossible… Je peux définir un animal nommé « licorne », la question de savoir s’il y a des licornes est une tout autre question. Donc : définition nominale, c’est très simple. Ce que les logiciens appellent une « définition réelle », vous comprenez, c’est une définition qui ne se contente pas de définir son objet, mais, en même temps, montre la possibilité du défini. C’est-à-dire : elle implique une règle de construction. Par exemple en mathématiques. Elle implique soit une règle de construction, soit une règle de production, soit une règle d’obtention. Comment obtenir ceci? Par exemple : comment obtenir une figure fermée, définie par trois droites? Si je le dis, je donne une définition réelle du triangle et non plus nominale, vous voyez.

 

Ce que je propose de dire – c’est pour ça que je faisais cette parenthèse – c’est que il me semble que… euh… on peut procéder comme ça pour le capital. Quelle serait la définition nominale du capital? Quelle serait la définition réelle du capital? Eh bien, je pars d’un texte de Marx. Je commence par : recherche d’une définition nominale. Et je lis lentement un texte de Marx, hein, et qui me paraît tout à fait intéressant. « Ce fut un immense progrès ». « Ce fut un immense progrès lorsque Adam Smith rejeta toute détermination de l’activité créatrice de richesse ». « Ce fut un immense progrès lorsque Adam Smith rejeta toute détermination de l’activité créatrice de richesse et ne considéra que le travail tout court. Autrement dit ni le travail manufacturier, ni le travail commercial, ni l’agriculture, mais toutes les activités sans distinction. Avec l’universalité abstraite… » - voilà le texte qui me paraît essentiel - « Avec l’universalité abstraite de l’activité créatrice de richesse.. », « Avec l’universalité abstraite de l’activité créatrice de richesse, on a en même temps l’universalité de l’objet en tant que richesse, à savoir le produit tout court ou le travail tout court, mais en tant que travail passé, matérialisé. » Peu importe ce qu’il y a de compliqué. Ce que je retiens c’est : « avec l’universalité abstraite de l’activité créatrice de richesse, on a en même temps l’universalité de l’objet en tant que richesse ». Qu’est-ce que ça veut dire? En quoi… ça a l’air très très abstrait ce… cette phrase. En quoi c’est… ça… ça peut nous dire quelque chose? Eh bien, je dis : quand on nous parle du capital, qu’est-ce que ça évoque, pour nous, tout de suite? Le capital, bien entendu, c’est une richesse. Mais quelle richesse?

 

Ben voilà, c’est très curieux. C’est une richesse qui n’est plus ni ceci ni cela, ni cela. C’est, pour parler comme… euh… comme Marx, c’est une richesse tout court. Qu’est-ce que ça veut dire, ça? C’est une richesse qui n’est plus qualifiée comme foncière, ni même monétaire, ni même commerciale, ni même industrielle. La question de savoir si le capital se réalisera dans l’industrie plutôt que dans le commerce est tout à fait différente de savoir quelle est la nature de cette richesse qu’on appelle « capital ». Notre première réponse, et vous voyez que c’est vraiment une définition nominale, c’est précisément : il y a capital lorsque la richesse n’est plus déterminée comme telle ou telle, elle n’est plus déterminée comme foncière, comme industrielle, comme commerciale, comme artisanale, comme… comme ceci ou cela, elle est déterminée… quoi? Elle est déterminée comme activité créatrice de richesse. Le capital, c’est la subjectivité de la richesse. C’est la richesse en tant que subjectivité universelle, c’est-à-dire c’est la richesse qui n’est plus qualifiée ou déterminée comme telle objectivement, richesse foncière, richesse monétaire, richesse ceci, richesse cela, mais qui est richesse tout court rapportée à l’activité créatrice de la richesse, à savoir : le capital. Le capital, c’est le sujet de l’activité créatrice de la richesse.

 

Vous me direz : mais alors c’est très… euh… enfin si vous y consentez, vous me diriez : mais c’est très curieux, parce que ça existait de tout temps ! Non ! Pas du tout. Notre question devient que sûrement il a fallu une étrange formation sociale pour que la richesse ne soit plus déterminée comme telle ou telle, mais apparaisse comme richesse tout court, c’est-à-dire apparaisse comme pure et simple subjectivité. Vous voyez ce que j’entends par la richesse comme subjectivité, j’entends uniquement par « la richesse comme subjectivité » : la richesse rapportée à une activité, c’est-à-dire au capital, elle est rapportée au capital lorsqu’elle n’est plus déterminée sous l’aspect objectif de telle ou telle qualité, richesse foncière, richesse artisanale, richesse commerciale, richesse monétaire. Peut-être que ça va [?]. Donc on peut dire à la fois : mais ça existait de tout temps abstraitement. Oui, mais comment ça se fait qu’aucune formation sociale n’ait eu même l’idée de dégager une telle notion, ce concept de la richesse abstraite et subjective? Evidemment parce que tout s’y opposait. Le concept abstrait ne peut surgir que dans les conditions d’une formation sociale concrète, ce qui va poser pour nous toutes sortes de problèmes. Bon, alors, je dirais : ben, la définition nominale du capital, c’est donc exactement ceci, enfin ce que je propose, c’est : la richesse qui n’est plus qualifiée comme telle ou telle, donc la richesse devenue subjective et, dès lors, richesse tout court. Elle pose… euh… le capital pose la subjectivité universelle comme sujet de la richesse quelconque.

 

Bon, vous me direz : tout ça, c’est bien… de la philosophie… Oui et non, c’est pas de la philosophie du tout, parce que essayons de dire concrètement… Je sors pas de mes… exigences d’une définition toute nominale, mais…euh… à quoi on reconnaît vraiment le capitalisme? Ben, évidemment, avec le capitalisme, il y a une mutation de la propriété et de la conception de la propriété. La propriété est capitaliste… quand est-ce que la propriété est capitaliste? Là c’est des manières de reconnaître les choses. Ben je crois que la propriété, elle est capitaliste justement - je recommence - lorsqu’elle n’est plus qualifiée comme telle ou telle. C’est-à-dire lorsque la propriété est devenue propriété de droits abstraits. Mais les droits abstraits, qu’est-ce que ça veut dire? Bien entendu, ces droits, c’est pas une abstraction, le capital. Donc dire « la propriété du capital, c’est la propriété de droits abstraits », ça veut dire évidemment : de droits abstraits qui, en tant que tels, sont convertibles. Convertibles en quoi? En tout ce que vous voulez. Convertibles en terres. Convertibles en argent, en monnaie. Convertibles en moyens de production. Mais c’est une grande erreur et les… et les économistes le rappellent toujours, d’identifier… enfin… en tout cas les économistes marxistes le rappellent constamment, que c’est une grande erreur d’identifier le capital avec les moyens de production.

 

Bien plus : même, on comprendrait rien au capi… aux mécanismes du profit, je crois – du profit qui est essentiel au capitalisme  – si on identifiait le capital aux moyens de production. Pourquoi? Parce qu’on en comprendrait pas le mécanisme essentiel par lequel se fait une égalisation du taux de profit, qui suppose que le capital parcoure à la fois les secteurs de production et les moyens de production les plus différents. Le capital, ce n’est pas le moyen de production ou le bien d’équipement, c’est… comment dire… le fond, au sens à la fois philosophique et commercial, c’est le fond quantitatif et homogène qui s’investit dans les moyens de production.

 

En d’autres termes la propriété capitaliste, c’est la propriété de droits abstraits convertibles à travers toutes les déterminations concrètes, et notamment, et éminemment, les moyens de production. Pourquoi je dis « et notamment, et éminemment »? Parce que, sans doute pour faire surgir la sphère autonome des moyens de production, il fallait que la propriété porte sur des droits abstraits convertibles. Donc c’est une confirmation immédiate, je veux dire : la propriété, sous la forme capitaliste n’est plus celle de la terre, de ceci, de cela, de cela, elle est propriété de droits abstraits. Cela revient exactement à la même chose que dire : la richesse a cessé d’être déterminée objectivement sous telle ou telle forme pour être rapportée à l’activité productrice de richesses, à savoir : le capital. La richesse, la richesse quelconque. Or c’est très curieux… je dis : qu’est-ce qui le prouverait, ça?

 

Deux choses le prouveraient… euh… je cherche à... à rendre ça concret. Deux choses le prouveraient, je cite là… euh… mes auteurs pour ceux que tous ces points intéressent. Quand on s’interroge sur l’accumulation dite primitive du capital, c’est-à-dire la manière dont les premiers capitalistes, avant même la formation d’un système capitaliste, ont organisé une accumulation du capital. Les auteurs qui étudient cette question historique – puisque, là, c’est… c’est un problème d’histoire – qui étudient de près cette question historique, montrent très bien que ce dont les capitalistes se sont rendus… ce dont les premiers capitalistes se sont rendus maîtres et qui a permis l’accumulation primitive, c’est la propriété de droits abstraits… C’est pas la propriété de terres, par exemple, c’est la propriété de droits abstraits sur la terre. Au point qu’ils ont acheté la terre à un moment où elle coûtait peu cher – il a fallu toutes sortes de circonstances évidemment – à la fin de la féodalité, ils achètent la terre à un moment où, pour des raisons x, elle coûte peu cher, ils la revendent [il tousse] à un moment où elle coûte cher et convertissent leur droit de terre en moyens de production. Donc l’accumulation primitive, dite « primitive », ce qu’on appelle l’accumulation dite « primitive » du capital, montrerait très bien que la propriété capitaliste s’est constituée en prenant pour objet des droits abstraits. Autre point. Vous entendez mal?

 

Intervenant : inaudible

 

Deleuze : ouais, ben je vais m’efforcer de parler plus fort. Deuxième point. Oh. Deuxième point. Deuxième confirmation. Euh… C’est l’attitude du capitalisme par rapport, précisément, à un phénomène dont nous avons vu qu’il jouait un très grand rôle au niveau des Empires archaïques et aussi au niveau de la seconde forme, des Etats topiques, à savoir l’attitude du capitaliste [il tousse] par rapport à la rente foncière. C’est-à-dire que, le capitalisme, il a toujours tendu, sauf cas exceptionnels que… dont il faudrait tenir compte, mais en gros on peut dire que une tendance fondamentale de… du capitalisme c’est l’inhibition ou même la liquidation de la rente foncière. Vous voyez en quoi c’est une confirmation, c’est-à-dire que c’est la marque que la richesse n’est plus définie par une propriété de la terre ou une propriété de ceci, de cela, mais, précisément, la propriété est elle-même propriété de droits abstraits [il tousse] et la richesse surgit comme capital lorsque la [?] n’est plus rapportée à telle ou telle qualité. [il tousse] La rente foncière, ça a toujours été, pour le capitalisme, une espèce de poids. [Il tousse] Dans une quinte si on est... si on devient tout rouge, c’est bon si on devient bleu, c’est très très mauvais, ça. Qu’est-ce que je suis?

 

Plusieurs étudiants : rouge !

 

Deleuze : c’est bon

 

Un étudiant : écarlate même, hein ! [rires]

 

Deleuze : alors, comment… euh… comment ils… ils arrivent… euh… c’est très lié, ça, à l’histoire du capitalisme à ses débuts, la manière dont on va conjurer la rente foncière. Il y a eu deux manières – et, là, Marx l’explique très bien, très très bien, et ensuite ça a été repris par des spécialistes des problèmes agricoles… euh…, ça a été à la base… euh… des rapports capitalisme / agriculture. … euh… Ils ont jamais été l’histoire du propriétaire foncier qui, soit sous la forme publique du despote, soit sous la forme du propriétaire privé, recevait une part du profit d’entreprise et s’attribuait cette part sous forme de rente du sol, rente du… rente foncière. Ils aiment pas ça [?]. Et comment ils ont fait concrètement? Il y a eu deux voies historiquement. Et la voie anglaise, et il y a eu la voie française. Je veux dire : tout ça c’est pour un peu nous introduire dans des problèmes politiques plus concrets que… euh… on verra… euh…  prochainement. [il tousse] La voie anglaise, ça a été très curieux. Il y a eu… c’est ce qu’on appelle, là, typiquement une alliance de classes, dans les deux cas d’ailleurs. Il y a eu une très curieuse alliance de classes entre les entrepreneurs anglais, la bourgeoisie anglaise, si vous voulez, entre la bourgeoisie anglaise et les producteurs agricoles américains pour court-circuiter la paysannerie anglaise. Et pourquoi? C’est de là que… euh… si je développe cet exemple, c’est parce que… euh… on en a tout à fait besoin. Parce que la terre à blé américaine ne comportait pas de rente foncière.

 

Et pourquoi que la terre à blé américaine, elle comportait pas de rente foncière? Vous comprenez tout de suite, si vous avez saisi le chemin que j’ai essayé de faire les autres fois sur la rente foncière : la rente foncière implique précisément la comparaison entre des territoires simultanément exploités. A savoir : le territoire le moins mauvais rapporte une rente par rapport au territoire le plus mauvais, hein, qui, lui, n’en rapporte pas. Mais, dans le thème de la constitution de l’agriculture américaine, avec le déplacement des frontières, l’occupation des terres à blé, la constitution des grandes terres à blé, etc. il y a pas de rente foncière. Mais c’est… c’est le… la fameuse histoire américaine que… la frontière américaine, c’est pas du tout comme les frontières européennes. Les frontières européennes, elles déterminent un ensemble. La frontière américaine, elle marque chaque fois l’endroit à dépasser. A déplacer. Donc le blé américain ne payait pas de rente foncière. La bourgeoisie anglaise fait de l’importation massive. Elle fait une espèce d’alliance : entrepreneurs agricoles américains - bourgeoisie… anglaise. Le paysan anglais, là, il est… il est comme coincé. Et le propriétaire anglais – à savoir ce que les anglais appelaient le landlord – il est possédé, c’est sur son dos que se fera l’alliance capitaliste bourgeoisie anglaise… euh… entrepreneurs agricoles américains. Vous voyez que c’est une manière de tourner la rente foncière. En France, c’est, à la même époque, c’est le même problème pour le capitalisme français. La solution est complètement autre. C’est… c’est un cas où, précisément, on voit la variété des solutions possibles. Tout ça c’est question de politique, c’est aussi… euh… c’est pas… pas question de pur choix.

 

La France, elle, elle choisit, au contraire, la petite propriété parcellaire du paysan. C’est une autre manière de liquider la rente foncière. Elle favorise la petite propriété parcellaire du paysan exploitant. Ça implique que le petit paysan exploitant soit garanti, que, notamment, il ait un niveau de vie supérieur à celui de l’ouvrier. Ça a été vrai longtemps en France. Cette fois-ci donc, je veux dire, en France, c’est l’alliance de la bourgeoisie avec la petite paysannerie qui a été fondamentale, qui, dans tout le XIXème siècle français, a été fondamentale. Et puis ça… euh… et puis il y a longtemps que c’est fini, ça… Je veux dire : il en reste des choses… il en reste des choses… euh… dans nos provinces, c’est… Mais enfin, c’est fini en gros. Mais ça a été fini par quoi? Moi, il me semble que c’est très intéressant, les vraies raisons pour lesquelles ça a été fini. Ça impliquait notamment cette… euh… cette alliance… euh… bourgeoisie… qu’est-ce qu’on met dans le groupe… euh… cette alliance bourgeoisie - petite paysannerie, elle impliquait une politique protectionniste. On a gardé beaucoup de protectionnisme, là il y a une espèce de pesée de l’histoire… les problèmes agricoles français et encore actuellement avec euh… les problèmes avec l’Europe… euh… le protectionnisme français est très très… euh… est dans une situation… euh… qui, en effet, pose toutes sortes de problèmes politiques. Mais, je dis…euh… : ça empêche pas que cette vieille alliance petite paysannerie - bourgeoisie en France, ben il y a longtemps qu’elle a fait son temps, quoi. Mais elle a fait son temps sous quelle pression? Je crois que une des raisons principales ça a été l’Algérie. Ça a été l’Algérie. Parce que, là alors, on trouverait quelque chose qui a rapproché la France d’une solution de type anglais, mais sous une tout autre forme, à savoir : les vignobles algériens ne payaient pas de rente et les terres étaient arrachées à leur propriétaire, donc il n’y avait pas de rente foncière. C’est la dépossession, c’est l’expropriation…

 

Une voix masculine : inaudible

 

Deleuze : c’est forcé, il y a un courant d’air, non? Ah. Or comme je suis au centre du courant d’air, c’est pour ça, je… [il tousse]. Vous comprenez : là, ça a été… c’est l’Algérie qui a permis, pour la France, grâce à tout un système d’expropriation, de ne plus passer par l’alliance avec la petite paysannerie. Il fallait évidemment qu’il y ait des terres à exproprier.

Bon… c’est… ça, cet exemple, donc, je viens de le développer pourquoi? Uniquement pour confirmer [?] de cette définition nominale. Je répète : c’est lorsque il y a capital… – capital n’est pas n’importe quelle richesse, même nominalement, capital n’est pas n’importe quelle richesse. D’autre part capital n’est pas identique à moyens de production ou posses… ou propriété des moyens de production. [Il tousse] Capital c’est : la richesse abstraite, c’est-à-dire la richesse devenue subjective – comprenez bien, je dis : « devenue subjective » pour distinguer cette richesse-là d’une richesse qui serait déterminée objectivement comme telle ou telle, comme richesse foncière, richesse monétaire, richesse commerciale. Ah non, comme dit Marx, ce fut… euh… un immense progrès lorsque Adam Smith rejeta toute détermination de l’activité créatrice de richesse. Il s’élevait à l’universalité abstraite de l’activité créatrice de richesse. Et, par là même, il avait en même temps – c’est ça qui devient l’essentiel – et par là même, il avait en même temps l’universalité de l’objet en tant que richesse, à savoir : le travail qui, de son côté, n’était plus déterminé comme ceci ou cela, [il tousse] mais comme travail quelconque. En d’autres termes : la subjectivité abstraite de la richesse était immédiatement réfléchie dans le travail abstrait. Vous voyez? Vous comprenez? C’est pour ça que j’insistais sur : le capitalisme apporte un nouveau mode de propriété, la propriété des droits abstraits. [Il tousse] Ah, mon dieu, mon dieu… Quoi?

 

Intervenant : inaudible

 

Deleuze : Ah ! C’est pas dans Le capital, ça. Ce texte c’est dans Introduction générale [il tousse]… Introduction générale à la critique de l’économie politique, 1857, dans La Pléiade, tome I page 258. [Il tousse] [?] Alors je touche presque à un premier résultat. Je sais que c’est ennuyeux, tout ça, mais enfin ça fait rien. Ça fait rien. Je touche à un premier résultat, je dirais : définition nominale du capital, est-ce que… il faudrait juste que vous compreniez mieux, je dirais, c’est… le capital, [il tousse] c’est le rapport entre un sujet universel – j’aime bien parce que ça a l’air de ne… de strictement ne rien vouloir dire, et, en même temps, ça me paraît extrêmement… euh… opératoire – c’est le rapport entre un sujet posé comme universel et un objet posé comme objet quelconque. Bon. Je veux dire, je pense… alors… euh… pour faire facile, je pense à la formule du cogito… euh… je pense, vous voyez, du cogito chez Kant… euh… pour ceux qui… euh… savent ça. Le cogito chez Kant s’exprime comme ceci : je pense et, en tant que je pense, je pense l’objet quelconque, à savoir, ce que Kant appelle d’un mot très beau : l’objet = X. Bon. Je dis, toutes proportions gardées : eh ben, dans le capitalisme, il y a quelque chose de semblable. Il y a : le rapport entre l’activité créatrice de richesse sans autre détermination et l’objet quelconque, le travail abstrait. C’est donc le rapport entre un sujet posé comme universel et un objet posé comme quelconque. Si vous m’accordez ça… Mais, encore une fois, c’est complètement, c’est… c’est… c’est très curieux, cette histoire, parce que comment ça peut fonctionner? On va voir comment ça peut fonctionner. Mais voyez que je suis bien dans une définition nominale puisque, dieu merci, dieu soit loué, nous n’allons pas vite, euh… rien de ce que je viens de dire ne montre la possibilité de cette chose que je suis en train de définir. Je dis : le capital, c’est ceci, non… On se dit… on devrait se dire : mon dieu, comment une pareille chose peut-elle exister? Rien dans ma définition ne le montre. Heureusement ! Puisque je voulais… je voulais qu’il en soit ainsi.

 

Or… juste je tire une premier… euh… conclusion et puis, après, je voudrais que l’on se repose et que vous réagissiez à ce premier point. Mais on va très progressivement. Bon. Faut pas me faire des objections qui engageraient le second point. Je dis : si vous suivez ça, définition nominale  du capital, c’est une définition qui paraît presque une définition tirée, je sais pas, du romantisme allemand, de la philosophie allemande… euh… XIXème siècle… euh… Le rapport entre un sujet posé comme universel et un objet posé comme quelconque. Et c’est forcé que, dès lors, le capital, ce soit l’opération par laquelle le sujet posé comme universel, à savoir la richesse tout court, s’approprie l’objet quelconque, à savoir le travail. Puisque la propriété comme propriété des droits abstraits va précisément permettre cette opération. Vous voyez, donc, tout va bien, tout va très bien. Mais je reviens, ah… je répète, c’est… c’est de l’incantation : rapport entre un sujet universel et un objet quelconque. Bien. Oh… eh ben voilà. Voilà, je peux déjà dire : ce n’est plus une conjonction topique. Là, on a un critère. C’est plus du tout le domaine des conjonctions topiques. Vous vous rappelez que… hum… ce qu’on appelait une conjonction topique, c’était un rapport entre, soit entre un objet déterminé et un sujet qualifié, soit entre des sujets déterminés les uns par rapport aux autres.

 

C’était ça la conjonction topique entre les flux décodés. Qu’est-ce que je trouve maintenant? Maintenant je trouve une figure complètement différente, en un sens effarante. Ce n’est plus une conjonction topique puisqu’en effet la richesse a fini… elle n’est plus… elle n’est plus…euh… déterminée comme ceci ou comme cela. L’objet de la richesse, à savoir le travail, n’est plus déterminé, n’est plus qualifié. Travail quelconque et richesse abstraite. Alors c’est quoi? Ça n’est plus… nous sommes sortis du domaine des conjonctions topiques, on est entré dans quoi? Je cherche un mot pour mieux… pour… bien opposer. Je dirais : ben c’est un autre domaine. C’est comme si c’était maintenant une sorte de grande, là, d’immense conjugaison… une conjugaison généralisée des flux décodés. On a dépassé les conjonctions topiques et qualifiées pour entrer dans une espèce de conjugaison… euh… des flux… euh… des flux décodés comme tels. Et alors, prenons le mot… euh… que je l’introduise tout de suite pour… euh… que vous sentiez ce qui va venir, risquons - mais… euh… je cherche pas à le justifier pour le moment – est-ce c’est pas ça quelque chose du genre de ce qu’on appelle une axiomatique? On est entré dans une toute nouvelle machine : une axiomatique définie comme conjugaison généralisée des flux décodés.

 

Donc vous voyez que j’oppose la conjonction topique et la conjugaison généralisée Je dirais : ben oui, c’est une axiomatique des flux qui se distingue absolument des conjonctions qualifiées. Pourquoi? Pourquoi je peux dire déjà « axiomatique »? Vous le sentez, si peu que vous le sa… sachiez, parce que, précisément, on parle d’axiomatique lorsqu’on se trouve devant de bizarres systèmes qui nous parlent de l’objet quelconque et qui considèrent… L’axiomatique c’est, précisément, le système des éléments considérés comme éléments non-qualifiés. Lorsque vous vous trouvez devant un traitement d’éléments présentés comme non-qualifiés, c’est-à-dire comme n’étant ni ceci ni cela, comme n’étant pas déterminés sous telle ou telle forme, un tel traitement, quel qu’il soit – on aura à se …euh… à se poser la question « qu’est-ce que ça peut être un tel traitement? » – mais un tel traitement s’appelle précisément et constitue une axiomatique. Chaque fois qu’un élément est déterminé ou qualifié, vous savez d’avance que ce n’est pas de l’axiomatique. C’est tout ce que vous voulez, c’est pas de l’axiomatique.

 

Donc mon [mot?] axiomatique est vaguement…, je dirais, avec le capitalisme, commence en effet une nouvelle machinerie, l’axiomatique des flux décodés, qui déborde de toutes parts les conjonctions topiques qu’on avait vues précédemment. Et, en effet, il y a plus de relations de… dépendance personnelle, il n’y a plus qu’un seul et universel sujet – ce que Marx appelle parfois dans des textes de jeunesse « l’énergie cosmopolite » – l’énergie cosmopolite, qui s’attribue l’objet quelconque, à savoir le travail abstrait. Voilà, ça c’est mon premier point sur la définition euh… nominale. En sort immédiatement la… la question suivante : bon, comment c’est possible? Est-ce que ça existe, ça? Si vous acceptez cette définition du capital qui consiste surtout à refuser que le capital soit défini par la propriété des moyens de production. L’investissement dans les moyens de production découle de la définition du capital et pas l’inverse. Eh ben… vient, en second lieu, la question de la définition réelle. Montrer la possibilité d’une pareille chose. Bon. Courte pause, pour s’il y avait… euh… il faudrait que ce soit très très clair, dans la mesure où ça… euh… ceux que ça intéresse, en tout cas, il faudrait que ce premier point soit très très clair. Oui?

Intervenant (1) (Pinhas) : [?] il me semblait qu’intervenait… alors ça va tout à fait dans le sens de… euh… ce que tu dis, mais plutôt au niveau d’une [?] conceptuelle ou abstraite de l’événement de la rente foncière et de la nouvelle détermination des échanges, ce serait une modification au niveau du facteur vitesse qui se concrétise dans une accélération de la circulation…

 

Deleuze : mh !

 

Intervenant (1) (Pinhas) :… ce processus, on s’en aperçoit au niveau… historique [?] Et ça me fait penser au fait que dans la définition que tu donnes de l’axiomatique, il se passe à peu près le même processus, c’est-à-dire que… il y a une accélération du facteur vitesse et [?] rotation… au niveau de la circulation même [?] C’est que on traite du matériau non qualifié et que c’est sur la vitesse de circulation de ce matériau que… qu’on va voir un nouveau de musique qui sera de type axiomatique. [?] et ce qui est absolument impensable avec les matériaux standards des instruments.

 

Deleuze : complètement, parce que, en effet, il y a… mais ça… on était d’accord quand on en parlait à… … euh… à d’autres moments… euh… S’il y a un rapport entre la musique et le capitalisme – pas au sens où toute musique est capitalisme, mais au sens où… euh… non, en un sens … euh… plus … euh… Qu’est-ce qu’il y a de…? C’est que, au moins, il y a un large domaine commun qui est le traitement des flux… euh… la manière dont la musique se trouve devant un problème des flux sonores et la manière dont le capitalisme se trouve devant des flux, ça peut pas être sans aucun rapport, hein. Alors, ce que dit Pinhas est très juste, il me semble, c’est que l’histoire de la musique occidentale fait que … euh… là aussi on pourrait fixer des musiques… euh… comment dire… opérant par surcodage, des musiques opérant par conjonction, et puis… euh… à partir de la fin du XIXème siècle, c’est évident qu’il y a une espèce de décodage généralisé des flux, des flux sonores… euh… sous forme de… euh… précisément, pour des raisons à la fois technologiques, pour des raisons… euh… de toutes natures, et que, à ce moment-là, des musiques de type « axiomatiques » deviennent possibles…

 

Intervenant (1) (Pinhas) : alors la deuxième partie, ça a beaucoup plus à voir avec la définition réelle qu’avec ce que tu as dit de la définition nominale, c’est que ce que je voyais comme accélération de la circulation, donc le facteur vitesse, qui me semble, là, être fondamental, mais qui n’arrive pas à [?placer?], est-ce que tu le considères … euh… mettons, au niveau … euh… à titre d’exemple, bien que l’exemple soit mal choisi, comme étant une résultante de… euh… du changement de statut de la rente foncière, par exemple, ou comme, au contraire, étant quelque chose qui a provoqué, dans un mouvement général le déplacement du statut de la rente foncière?

 

Deleuze : non, je dirais que les phénomènes d’accélération, c’est une dépendance l’axiomatique, oui, ça en découle, ça doit en découler absolument nécessairement, mais ça fait intervenir de tout autres dimensions qu’on n’a pas du tout vues encore, pour moi…

 

Intervenant (2) (Comtesse) : [?] et que, justement, l’idée du capital, c’est l’idée d’un rapport, d’abord (?] différentiel de ces deux flux et secondairement [?] l’idée d’une conjugaison. Mais on ne peut pas dire, véritablement, que, le capital, c’est la conjugaison. Si tu en reste au niveau d’une définition nominale, il faut dire que c’est l’idée d’un rapport [?].

 

Deleuze : ah, sans … euh… restriction, oui ! oui ! Absolument. Mais, à mon avis, tu viens de dire – ça va d’autant plus me permettre d’aller vite – tu viens de dire ce qu’est la définition réelle. Alors, là où … euh… tu as très bien vu, toi, c’est que j’avais pas le droit déjà de dire « conjugaison », puisqu’il y avait pas de conjugaison au niveau de la définition nominale. La conjugaison impliquerait quelque chose que j’avais pas encore dit et que, toi, tu as dit.

 

Intervenant (2) (Comtesse) : [?] est-ce qu’un flux de richesse, comme ça, c’est [?] capital? [?] c’est plutôt par cette idée et das l’effectuation de cette idée que le flux de richesse du propriétaire devient capital.

 

Deleuze : d’accord, d’accord, d’accord. En tout cas tu as raison de dire : la définition nominale ne permet de dire... je me suis…, je l’ai un peu débordée … euh… mais ça faisait rien, c’était pour préparer le passage… euh… la définition nominale ne peut s’énoncer que sous la forme suivante : le capital c’est le rapport entre le sujet universel, c’est-à-dire l’activité… la richesse rapportée à une pure activité et non plus qualifiée comme ceci ou cela, d’une part, et, d’autre part, le travail posé comme abstrait et non plus déterminé comme ceci ou cela. Pur rapport. Là, Comtesse a complètement raison, je peux poser que un pur rapport d’appropriation et sans du tout montrer, encore, comment il est possible. Mais comment il est possible, si je passe à la définition réelle : Comtesse vient de le dire. Et on voit tout de suite que… le capitalisme, ben c’est vrai … euh…  je suis, encore une fois… euh…je reviens tout le temps là-dessus, je trouve que les historiens ont raison, ceux qui disent, en tout cas : mais, le capitalisme, il pouvait se produire ailleurs, il pouvait se produire avant, il pouvait ne pas se produire du tout. Il a fallu quelque chose de très bizarre, de l’ordre d’une rencontre. Une rencontre. Il y a une contingence, une contingence fantastique du surgissement du capitalisme. Contingence au double sens, encore une fois, il aurait pu ne pas se produire, il pouvait se produire ailleurs. Pourquoi une rencontre? Eh ben, on va retrouver les mêmes données que dans notre définition nominale, mais tout à fait autrement organisées. Et, là aussi, Marx, cette fois-ci d’une part dans les Grundrisse, d’autre part dans Le capital, insiste beaucoup sur le point suivant et… euh… il me semble… c’est un des points les plus forts de l’analyse de Marx. C’est que, précisément, il a fallu comme deux séries. Vous voyez ma définition nominale : le rapport entre la pure activité subjective de la richesse et le travail comme travail quelconque. Donc : pur rapport entre le sujet universel et l’objet quelconque. Je disais : c’est déjà par là que les conjonctions topiques sont dépassées. Et comment ça… Comment c’est possible? Marx nous montre très bien qu’il a fallu historiquement la conjonction de deux séries hétérogènes, comme vient de dire Comtesse. Il a fallu, d’une part, un véritable mouvement, - mais, là encore, le mot s’impose - un mouvement de déterritorialisation du travail.

 

« Déterritorialisation du travail », ça veut dire : toute la manière dont, dans le courant de la féodalité et à la fin de la féodalité, le travailleur est arraché à la terre. Sous quels facteurs? Toutes sortes de facteurs. Des facteurs internes, des facteurs externes. Facteurs externes : les dernières grandes invasions. Facteurs internes : les changements de l’économie… euh… la crise du servage… Tout ce que vous voulez. En d’autres termes : une première série qui, à travers de nombreux avatars – une série elle-même très très variée, pas du tout… euh… monotone – une série follement variée qui finit par produire ce que Marx et d’autres appellent « le travailleur nu ». Le travailleur nu ou le travailleur libre, c’est-à-dire le travailleur qui n’est plus déterminé ni comme esclave, ni comme serf, ni comme ceci, ni comme cela, mais comme pur propriétaire d’une pure force de travail abstraite. Il est déterritorialisé, il n’est plus rapporté à une terre. C’est la production du travailleur nu, qui constituera la base du prolétariat. Pour ça, il faut une série historique, pour produire le travailleur nu, c’est-à-dire le travailleur qui n’est plus que propriétaire de sa force de travail. Et cette série, encore une fois fait intervenir des causes et des circonstances extrêmement variées qui parcourent toute la féodalité et la fin de la féodalité. Mais, d’autre part, ça suffit pas. Comme dit Marx dans un très beau texte : il ne suffisait pas que les conditions soient réunies pour la formation d’un travailleur nu…

 

(2)

 

… richesse artisanale, commerciale. Et deviennent propriété de droits abstraits investissables dans des moyens de production. Donc, les deux séries, c’est la production d’une richesse indépendante et la production d’un travailleur nu. Et, comme dit Marx, très bien, on peut concevoir que l’un soit donné et pas l’autre, à ce moment-là, vous avez jamais le capitalisme. C’est comme si c’était la rencontre de deux séries très très différentes. Vous me direz [au besoin?] les mêmes facteurs chevauchent, par exemple la déterritorialisation du travailleur s’accompagne d’une transformation de la richesse du côté du propriétaire. C’est évident. Donc il y a des résonnances d’une série à l’autre, tout le temps, mais c’est pas sous le même aspect. Il y a bien deux richesses… Il y a bien… pardon, deux séries, et il a fallu cette rencontre entre la richesse indépendante et le travail abstrait ou le travail nu. Et c’est ça qui a rendu possible – et du coup effectué – le capitalisme. Alors, à ce niveau, je peux réintroduire, en effet, conformément aux remarques de comtesse tout à l’heure, l’idée que, en effet, c’est la conjugaison de deux flux décodés au maximum, et je peux ajouter, là, comme une espèce de [?] ben oui les conjonctions topiques qu’on a vues précédemment, elles portaient déjà sur des flux décodés, mais, d’une certaine manière, elles les empêchaient de se décoder davantage. Elles arrêtaient… elles arrêtaient localement, elles arrêtaient provisoirement le décodage. C’est comme si on avait refait un nœud, c’est comme si on avait refait une capture.

 

Mais au niveau de la conjugaison généralisée, il faut que et le flux de travail déborde toutes les conjonctions topiques pour aboutir à la formation de cette espèce de monstre, quoi, le travailleur nu, il faut que la richesse, le flux de richesse, déborde toutes les conjonctions topiques pour aboutir à la formation de cette espèce de monstre : le capital. Et, à ce moment-là, oui, il y a la rencontre. Il y a la rencontre entre ce pro… ce euh…travailleur nu qui n’a que sa force de travail, dans le schéma marxiste, et ce propriétaire abstrait qui est le capitaliste. Donc la définition réelle du capital, ce sera : la rencontre entre les deux séries hétérogènes dont l’une a pour aboutissement la production du travailleur nu et l’autre pour abo… et… pour aboutissement la formation du capitaliste indépendant. Vous voyez donc que c’est un niveau, à la lettre, de flux décodé qui va beaucoup plus loin, qui a débordé même… même les conjonctions topiques. Et, à la limite, encore une fois, il n’y a plus qu’un seul sujet : le capital, un seul objet : le travail. C’est ça, donc, que l’on appelle « la conjugaison généralisée des flux décodés ». Le sujet universel se réfléchit dans l’objet quelconque à savoir le travail abstrait, c’est le capitalisme en tant que axiomatique.

 

Alors, là, je suis allé beaucoup plus vite parce que… peu importe, c’est pas… je signale que [il tousse]… à ma connaissance, un des textes où est le mieux commenté cet aspect de Marx sur l’indépendance des deux séries et dans le… euh… livre d’Althusser là… Lire le capital, c’est le texte de Balibar… Balibar insiste énormément sur l’aspect contingent de la rencontre entre les deux séries. Il montre par exemple comment euh… à Rome… - et Marx… il y a des lettres de Marx, où Marx lui-même, soulignait ce point – pourquoi le capitalisme s’est pas produit, demandait Marx, dans l’Empire à… à… Rome, même avant l’Empire? Où se réunit, en effet, une espèce de masse de travail nu. Une espèce de masse de types qui sont  complètement… qui sont expropriés… de petits paysans expropriés, qui sont réunis dans la ville et qui n’ont plus que leur force de travail. Donc il y a une série, presque du capitalisme, qui est donnée. L’autre série est pas donnée. Face à cette masse euh… presque de sous-prolétaires, la plèbe - la plèbe, anciens petits propriétaires expropriés – ne se réunit pas… ne se forme pas l’autre terme nécessaire à savoir : le capital, le capital indépendant. La richesse reste foncière, elle reste monétaire, sous la forme de l’usure, elle reste commerciale, etc. Elle devient pas capital.

 

Donc, à ce moment-là, pour d’autres raisons, Marx cite Byzance comme, là aussi, des éléments, toutes sortes d’éléments étaient donnés. Pour d’autre raisons des historiens citent l’Empire chinois vers le XIIème siècle. Toutes sortes d’éléments étaient donnés pour… toutes sortes d’éléments, pourquoi? Toujours pour cette espèce de décodage de flux qui entraînerait cette conjugaison constitutive de capital. Et, là aussi, il y a un pouvoir impérial trop fort qui empêche… qui refait des conjonctions, qui va empêcher cette formation capitaliste. Alors… euh... d’où la double impression : ça devait arriver… ah…. forcément ça devait arriver une chose comme ça, mais ça a bien failli ne pas se faire, ou bien ça aurait pu arriver bien avant. Ça réintroduit beaucoup de contingences dans l’histoire, ça. Il a fallu toutes sortes de variables… entrent en jeu. Bon, si vous m’accordez tout ça, notre question éclate. Je veux dire : la question qui nous concerne dans notre travail, à savoir : mais, si vous m’accordez ce système, cet… ce nouveau type de formation qui n’opère plus par surcodage de flux, qui n’opère plus par conjonction topique, mais qui opère par conjugaison généralisée des flux décodés, c’est-à-dire par axiomatique, eh ben notre impression immédiate, c’est que : quel besoin encore qu’il y ait des appareils d’Etat? A première vue, il n’y a plus aucun besoin. Dans les autres cas, les réponses étaient nuancées.

 

Dans le premier cas de notre Empire archaïque, là, la réponse, elle allait de soi. Il faut bien un appareil d’Etat parce qu’il n’y a que lui, comme appareil impérial, qui soit capable d’opérer le surcodage. Dans le second cas, on a vu : l’appareil d’Etat devient extraordinairement flou, nébuleux, par exemple dans la féodalité. Mais si flou, si nébuleux, quand même le système des pouvoirs se réfère à l’horizon, un appareil d’Etat virtuel ou présent ailleurs… ou ce que vous voulez. En tout cas il faut bien les appareils de pouvoir très précis pour opérer les conjonctions topiques. Mais, là, au point où nous en sommes, si ce [?], il semblerait que, un peu comme dans une axiomatique, tout se fait automatiquement. Comme dit Marx à merveille, pourquoi est-ce que Marx déteste l’idée de Proudhon « la propriété c’est le vol »? Il trouve ça stupide… euh… cette idée, il déteste ça, les formules comme « la propriété c’est le vol », ce… euh… il trouve que c’est… euh… comment dire, que… euh... c’est pas un bon mot d’ordre, quoi. C’est absolument pas le vol, la propriété, comment ça se fait? C’est pas possible. Pour une raison simple, comme il dit… euh… le travailleur, dit Marx dans des textes qui m’apparaissent très brillants, il dit : le travailleur, bien sûr il est exploité, il est extorqué, mais il faudrait pas prendre ça pour un prélèvement sur la peau, parce que, il est exploité, d’accord, mais dans le cadre d’un système qui le produit, qui le produit à la fois comme étant celui qu’on extorque et qui produit l’extorsion. Il précède pas. En d’autres termes, et là Marx va très loin, je cite… c’est des notes… c’est des notes de la fin de Marx qui sont des notes sur Alfred Wagner, qui était un économiste… euh…, un économiste de droite contemporain de… euh… Dans les notes sur Wagner, Marx dit très bien : mais le capital est un droit et le capitaliste n’extorque que ce que le droit lui permet d’extorquer. On ne peut pas mieux dire, il me semble que c’est parfait. En effet la propriété du capital, c’est la propriété de droits abstraits et c’est au nom de ces droits abstraits que se fait l’extorsion de la plus-value, à savoir le rapport avec le travail.

 

C’est pas du tout un vol, évidemment. Donc, ça, ça va de soi. Et je dis, dans un tel système, il semble que, à la lettre, ce soit même pas automatique, ce soit mieux, ce soit de l’automation, à savoir … euh… bon, quel besoin d’un appareil d’Etat? Je signale juste pour mémoire que, là, ce problème il nous concerne tout droit parce que… euh… c’est le sujet de notre recherche, ces figures de l’appareil d’Etat. Eh ben je signale juste pour mémoire qu’il y a tout un courant du capitalisme qui dit : mais oui, pas besoin d’Etat, ou : plus l’Etat sera petit et se montrera moins, mieux ce sera, laissez faire les choses. Le capitalisme s’est toujours accompagné d’une grande critique de l’Etat. D’une certaine manière, il invente une machine qui ne passe plus par l’appareil d’Etat. Donc ça … euh… on buterait là … euh… alors, du coup, vous seriez en droit de me dire : bon, ben alors, pourquoi avoir dit tout ça si ça a aucun rapport avec l’Etat?

 

Et pourtant… Et pourtant. Plusieurs choses immédiatement nous font réfléchir, c’est-à-dire nous vont nous [?] un problème. Comprenez : si nous découvrons… - pour que … euh… vous voyez vers quel sens … euh… je voudrais aller - si nous découvrons que, en droit, la formation capitaliste n’a aucun besoin d’un appareil d’Etat au sens que nous avons vu précédemment, si nous voyons, pourtant, qu’il ne peut fonctionner qu’avec des appareils d’Etat, on peut pas… là, la conclusion, elle s’impose toute seule, c’est donc qu’avec le capitalisme, il y a… je dirais pas une mutation, mais c’est qu’il y a un changement. Il y a un changement très profond dans le rôle et les fonctions de l’appareil d’Etat. Qu’est-ce que ça va être, cette nouvelle figure de l’Etat? Où je vois ça? Ben, j’accumule, là, comme ça, des remarques, par-ci par-là. Je dis: c’est évident que, lorsque le capitalisme nous dit - à certaines époques, encore, pas à toutes, hein - lorsque le capitalisme, à certains moments, nous dit : mais on n’a pas besoin d’Etat, moins il y en aura, mieux ce sera, il ment pas. Il ment pas. Seulement, c’est une proposition extrêmement ambiguë, pourquoi? Parce qu’il veut dire… il veut pas dire du tout – et là il faut peser les mots – il veut pas dire du tout « il faut pas d’Etat du tout », au contraire, il invoque la nature humaine pour dire qu’il faut toujours un Etat. Il dit : il faut un Etat minimum. Bon, je reviens à un thème qu’on a entamé la dernière fois et qu’on retrouvera seulement quand on parlera de la politique aujourd’hui pour en finir avec tout ça … euh…

 

Mais l’Etat minimum, je vous rappelle, moi, c’est par-là, je trouve cette formule de Virilio très bonne, qu’est-ce que c’est? De tout temps, c’est ça qu’on a appelé l’Etat totalitaire. L’Etat totalitaire c’est pas du tout le maximum d’Etat, c’est l’Etat minimum. A savoir, c’est un effet le minimum d’Etat qui permet au flux décodé du capital et du travail abstrait d’opérer leur conjugaison comme automatique. Je veux dire… euh… je prenais cet exemple, pour faire la libération des prix, c’est-à-dire pour laisser les prix varier librement, il faut un appareil d’Etat, c’est l’Etat minimum. Or ça a toujours été l’un des pôles de l’Etat totalitaire, assurer la libération des prix. Donc, alors que, souvent, les gens passent comme en glissant de la formule « Etat minimum » à, à la limite, pas d’Etat du tout, nous au contraire, il me semble, nous devons faire la plus grande différence entre la formule « pas d’Etat du tout » – formule qui ne serait tenue que par certains anarchistes – et la formule du capitalisme : « dans beaucoup de cas l’Etat minimum », à savoir, sous-entendu, ils le disent pas, à savoir, un Etat totalitaire. Donc la réclamation du capitalisme pour un Etat minimum ne signifie évidemment pas que le capitalisme n’a pas besoin, à sa manière, d’un appareil d’Etat. Il a simplement besoin d’un type d’Etat très particulier, parce que, encore une fois, au point où nous en sommes, il est hors de question pour nous de dire que les Etats totalitaires modernes, ce soit comme les Etats archaïques, comme les Etats despotiques. Non, c’est tout à fait autre chose, aucun rapport ! Bien plus, aucune… aucune raison de dire que les Etats dits socialistes, ce soient des Etats totalitaires, non, c’est…. c’est… c’est pas que ce soit mieux, c’est que c’est autre chose. L’Etat totalitaire, ça veut dire quelque chose de très très précis. Bon, supposons, voilà ma première remarque.

 

Seconde remarque, donc, de toute manière, il y a bien un appareil d’Etat, et c’est évident… c’est évident que la conjugaison des deux flux qui définit réellement le capitalisme, à savoir le flux de capital indépendant et le flux de travail quelconque, a besoin pour être opérée d’un appareil d’Etat. D’une certaine manière, ça se fait bien tout seul, mais ça passe aussi par la force. Ça passe par la force de l’appareil d’Etat. Et, en effet, les expropriations qui déterminent, qui produisent et qui reproduisent le travailleur nu, l’accumulation qui produit et qui reproduit la richesse abstraite, passent nécessairement par un appareil de force, par un appareil de violence. Ça c’est comme une seconde remarque très rapide. Troisième remarque. Cherchons des cas concrets ou alors…. Vous comprenez, en effet, il y a une chose très très curieuse dans le capitalisme, c’est finalement pour ça même qu’il a toujours été pour les gens… euh… pour tous les gens, même… euh… même les révolutionnaires, il a toujours été quelque chose d’assez fascinant. Tout est toujours fascinant, quoi, mais on se dit : mais enfin comment que c’est… c’est quand même étonnant, ça. Euh… je veux dire… c’est… c’est… c’est vraiment un truc de type virus, quoi. C’est un truc… ce que Thinas disait tout à l’heure sur… euh… l’accélération de la circulation, tout ça… On a l’impression que… euh… Et puis l’essaimage de virus, le virus capitaliste qui prend, qui… euh…  qui recule, qui avance, tout ça … euh… C’est pas étonnant, … euh… il suffit de lire Le capital pour voir à quel point Marx est fasciné par ce truc … euh… Il l’aurait pas été [?ce qu’il était], s’il avait pas été… euh… fasciné par cette chose-là. Mais on a l’impression que, dans le capitalisme, il y a vraiment un mouvement pour pousser toujours plus loin une espèce d’axiomatique des flux décodés. Plus ça se décode, plus, en un sens, le capitalisme se réjouit de lui-même. Et, en ce sens, il y a bien une inventivité capitaliste, il y a une créativité capitaliste insensée, c’est pour ça qu’ils tiennent si bien. Et alors… euh… cette impression, c’est quoi? On a… on a l’impression à la limite … euh… je prends un exemple actuel [? ] à la limite, mais que… qu’ils sont capables, vous comprenez, dans… dans le développement de la production ou de l’exploration, ou de l’information, ils sont capables de faire des, mais, des choses complètement démentes quoi.

 

Bon, je prends un cas, l’exploration transspatiale, cas historique. l’Amérique – mais qu’est-ce que ça veut dire « l’Amérique »? Est-ce que ça veut dire le capitalisme? Est-ce que ça veut dire l’Etat américain? – en tout cas des flux de capitaux énormes sont mobilisés au service d’une institution très curieuse, célèbre en Amérique, qui s’appelle la NASA, n-a-s-a. La NASA est une institution typiquement américaine à la fois … euh… mixte, quoi. A la fois avec des intérêts [?] d’Etat, et… et des intérêts privés, et des intérêts militaires, et les… hein… bon. Et c’est du genre : bureau d’étude, hein. Ils ont fait des… ils ont été essentiels. Dans les premiers projets de… euh… d’exploration transspatiale, la NASA a eu un rôle fondamental. Et ils ont fait des projets, alors, évidemment, supposant des investissements de capital énormes énormes, concernant cette exploration. Et puis voilà… - alors c’est par-là, vous allez comprendre tout de suite, … euh… je schématise en disant : ben c’est vraiment comme si les flux de capital, mais… euh…, là, j’emploie les mots à la lettres, s’envoyaient dans la lune… ils filaient dans la lune, bon. C’est un mode de déterritorialisation. Bon. C’est ce que, par exemple, il y a un banquier… euh… je… les banquiers, je trouve, encore une fois, c’est ceux qui parlent le mieux, hein, de ce qui se passe aujourd’hui, beaucoup plus que les industriels qui sont ou bien vraiment des débiles, ou bien des… euh… des menteurs, des hypocrites. Les banquiers, ils sont beaucoup plus… euh…

 

Un des types qui parlent le mieux de l’économie et de la monnaie aujourd’hui… euh… c’est un type qui s’appelle, il est pas… euh… il…. c’est pas un révolutionnaire, c’est un… il fut haut-fonctionnaire, mais comme il a été chassé, il en garde une grande amertume, alors ça… ça lui donne un sens critique très grand… euh… il s’appelle Saint Geours et il a fait paraître il y a pas longtemps l’année dernière un livre très intéressant qui s’appelait Pouvoir et finance, où, alors, il évoque… il appelle ça la monnaie apatride. « Monnaie apatride », c’est un peu inquiétant, mais… euh… Et il évoque la masse, alors, ce flux de monnaie apatride dont, dit-il – et il explique très bien par quels mécanismes – qui  passe à travers les frontières et sur lesquels les Etats n’ont aucun contrôle. Alors c’est un peu le cas, mais les eurodollars, les pétrodollars etc. ne sont que un cas de cette monnaie, hein. C’est très très… euh… Alors c’est pour ça, quand on dit l’Amérique, c’est pas les Etats Unis, c’est… euh… aussi bien le capitalisme, bon. Mais… euh… là, cette fois, c’était un cas où c’était plus la monnaie apatride, c’était vraiment les flux d’investissement qui… ils se déterritorialisaient. Vraiment ça allait dans la lune. C’était… euh… c’était quand même… ça a été le grand moment de la NASA. Qu’est-ce qui s’est passé? Pourquoi je cite cet exemple? Le vieil Eisenhower, qui était président des Etats-Unis à ce moment-là – je schématise, hein, parce que l’histoire est très longue – coupe une partie des crédits de la NASA. Ça a été dur, ça a été une lutte, il a fallu une lutte d’influence… euh… 

 

Bon. Alors, là, j’ai, j’ai ma proposition exemplaire, mon exemple typique : le président des Etats-Unis coupe une partie des crédits d’un institut capitaliste d’extrême pointe pour l’exploration transspatiale. Bon, essayons de le traduire, là, comme ça, pour… euh… si j’ose dire, pas beaucoup, pour rigoler, dans notre langage. On dirait : des flux de capital, d’énormes flux de capital tendaient à se décoder et à se déterritorialiser de plus en plus. Bon. En même temps pourquoi le président des Etats-Unis réagit-il? [?] bien sûr, il y avait des facteurs à côté. C’est que les russes, eux, l’URSS, dès ce moment-là, ne concevaient pas exactement l’exploration transspatiale de la même manière. Et finalement c’est elle qui l’a emporté. Pour une fois ça a été une victoire de la conception russe sur la conception américaine, je crois. Les russes, eux, c’était pas plus rassurant, même c’était, en un sens, moins rassurant ; les russes, ils concevaient dès le début, l’exploration transspatiale comme ayant … euh…  - vous me pardonnez de schématiser beaucoup, mais je crois que ce que je dis est pas faux, pas complètement faux - comme devant faire une espèce de ceinture autour de la terre, c’est-à-dire déterritorialisation, oui, mais la déterritorialisation devait rester relative, c’est-à-dire devait prendre la terre comme objet. Il s’agissait de faire une espèce de ceinture, je dis pas simplement de surveillance, mais ça impliquait aussi la surveillance, ça impliquait les communications, etc., mais c’était une déterritorialisation encore toute tendue vers la terre comme objet à survoler et à ceinturer. C’était donc, en un sens, une conception beaucoup plus raisonnable.  [?] les pays dits socialistes, ils sont beaucoup plus… euh…, on verra pourquoi… ils sont en un sens beaucoup plus…. Ils ont pas l’aspect virus des… ils procèdent autrement, c’est pas le virus, ça, c’est pas… euh… c’est pas l’invention virale, c’est pas la créativité d’un virus comme dans le capitalisme, c’est autre chose.

 

Alors… euh… bon, finalement, ce que fait le président des Etats-Unis, c’est dire : d’accord, en effet, on va se retrouver comme des crétins, nous… euh… les russes vont faire leur barrière et vont faire leur ceinture… euh… transspatiale autour de la terre et nous on va s’envoyer dans la lune, mais… et après? (rires). Et après? Donc qu’est-ce qu’il fait le président des Etats-Unis? Il reterritorialise au minimum les flux de capitaux. Il dit à la NASA : non, vous changez votre programme. Vous changez votre programme. Et la NASA doit bien marcher parce que l’Etat a suffisamment d’importance pour que… Vous comprenez? C’est très important. Là, j’y vois un exemple typique sur le rôle de l’appareil… d’un appareil d’Etat dans une formation, dans un régime capitaliste. Il faut empêcher… puisque, si vous acceptez cette définition du capitalisme comme conjonction généralisée des flux décodés, il faut empêcher que les flux se décodent à l’infini. C’est pas possible que… non, faut pas aller trop vite, faut pas… etc. Il faut qu’il y ait des mécanismes régulateurs. Et l’Etat sera un de ces mécanismes régulateurs fondamental. L’Etat va opérer les reterritorialisations nécessaires pour empêcher que les flux de capital ne se décodent trop vite ou trop radicalement. Il va falloir toutes sortes d’appareils de régulation dans ce système d’automatismes. Alors là on voit bien la nécessité aussi d’une forme « Etat », au point que je dirais, oui, pourquoi est-ce que - dernière remarque, on l’a vu donc je reviens pas là-dessus – pourquoi est-ce que le capitalisme est pas passé… a pas triomphé par l’intermédiaire de la forme « ville », on a vu qu’il avait triomphé par l’intermédiaire de la forme « Etat ».

 

Alors… ça c’est… il y a bien une raison. Et on a vu pourquoi. Evidemment il a besoin, bien plus le capitalisme et la formation capitaliste [?] avec la grande formation de ce qu’on appelle cette figure très particulière de l’Etat, à savoir les Etats nations. Or les Etats nations, c’est quoi? On l’a vu, là, c’est toute la musique qui reviendrait, les Etats nations ça se fait avec de la musique. Et c’est la supériorité de la musique sur la peinture… euh… Les peuples, ils marchent avec de la musique… euh… et pas du tout parce que la musique c’est… c’est… ce serait l’idéologie, mais parce que, la musique, c’est beaucoup plus des flux… euh… et ça marche, ça fonctionne. Je veux dire : en quoi que l’Etat nation c’est de la musique? Ah c’est… c’est toujours la question. L’Etat nation, c’est comment faire une terre et un peuple. Comment faire une terre et un peuple? Bon, alors ça se fait avec du sang, avec… euh… des coups de fouets, hein, avec… euh… avec de la musique, avec tout ce que vous voulez. L’Italie, ça s’est fait avec Verdi Bizarrement l’Allemagne, ça s’est pas fait avec Wagner.… euh… Et ça compte… Il y a des flux… Bien.

 

Et qu’est-ce que ça veut dire « un peuple, une terre »? C’est que un peuple, c’est toujours le produit d’une déterritorialisation d’une population. C’est une population décodée. Si un peuple c’est toujours à faire, c’est parce que ça implique une population dé… des populations décodées. Les Etats nations, ils ont fait des peuples avec quoi? Avec des populations, c’est-à-dire l’Etat nation, il a été… il ne peut se définir que par l’écrasement de ce qu’il faudrait appeler… il faudrait trouver le mot, là… de ce que Guattari appelle, par exemple, les phénomènes nationalitaires. La nation, elle s’est définie par l’écrasement des phénomènes nationalitaires. On a fait un peuple avec des populations. On a fait une terre avec des territoires. Ça implique à la fois musique et violence. Mais alors, cette terre-peuple qui définit une nation, quelle est sa fonction? Ben, ça nous dira un peu sur le rôle de l’Etat dans une formation capitaliste. C’est que c’est précisément dans le cadre d’un peuple-terre, c’est-à-dire d’une nation, que quoi? Que s’effectue la circulation du travail et du capital, ou l’homogénéité du capital sans obstacles extérieurs en principe.

 

Si vous suivez cette définition, qu’est-ce que… qu’est-ce qu’il en ressort? C’est tout simple. Si vous suivez cette dernière remarque et l’ensemble des remarques très rapides que j’ai faites. Je dirais : ben oui, dans le capitalisme, l’appareil d’Etat est absolument absolument… euh… nécessaire et… euh… accompagne le capitalisme à chaque moment, seulement l’Etat a tout à fait changé. Qu’est-ce qu’il est devenu? Voilà où nous arrivons alors à notre vrai problème, je crois, à savoir : avant, d’une certaine manière, ouais… non… Je pense à un terme qu’on emploie constamment lorsqu’on parle d’axiomatique, seulement ça va nous précipiter dans des difficultés. Une axiomatique est inséparable de ce qu’on appelle des modèles de réalisation. Bon, une axiomatique a des modèles… a nécessairement des modèles de réalisation. Qu’est-ce que c’est qu’un modèle de réalisation d’une axiomatique? C’est un domaine où s’effectue concrètement l’axiomatique. Un domaine où s’effectue concrètement une axiomatique est un domaine de… est un domaine d’effectuation ou un modèle de réalisation. Il va de soi qu’une axiomatique a toujours simultanément, au moins en droit, plusieurs modèles de réalisation. Voyez, là, en quel sens est pris « modèle ». « Modèle de réalisation », c’est le champ d’effectuation d’une axiomatique. On verra, j’essaierai de donner des exemples plus tard, hein. J’ai presque envie de dire, là, qu’est-ce que c’est que l’appareil d’Etat maintenant? C’est… l’appareil d’Etat… les appareils d’Etat, ce sont les modèles de réalisatio

 

n de cette axiomatique qui se définissait comme conjugaison généralisée des flux décodés. Les Etats vont définir… les Etats nations seront exactement les modèles… y compris avec leurs valeurs lyriques, leurs valeurs musicales, leurs valeurs sentimentales, seront les champs d’effectuation ou les modèles de réalisation de l’axiomatique du capital ce qui veut pas dire que c’est des apparences. Les modèles de réalisation, c’est absolument pas des apparences. J’insiste sur le caractère réel de l’Etat nation. Un peuple, une terre sont vraiment fabriqués, mais ils sont fabriqués comme quoi? Comme modèles de réalisation de l’axiomatique elle-même. Alors très variés… les modèles de réalisation sont très variés les uns par rapport aux autres. Qu’il y ait des types d’Etat complètement différents, on le comprend, puisqu’une même axiomatique renvoie par nature à des modèles de réalisation tout à fait hétérogènes. Hétérogènes. Il y a même nécessairement hétérogénéité des modèles de réalisation où s’effectue une axiomatique donnée. Or en quoi c’est une fonction de l’Etat complètement différente? C’est une fonction de l’Etat complètement différente parce que… parce que… Je retourne à l’Etat Impérial. Euh… Je retourne à l’Etat Impérial… [inaudible] Parce que je retourne à l’Etat archaïque, je pourrais dire : il est modèle. Mais en quel sens « modèle »? C’était lui le modèle à réaliser… C’était lui le… comme l’appareil de surcodage… Il fallait faire le surcodage. Il était modèle au sens de modèle transcendant. C’était lui qu’il fallait reproduire, qu’il fallait constituer et reconstituer. Mais maintenant le même mot « modèle » a complètement changé de sens, ce n’est plus le modèle au sens de « modèle transcendant », c’est au contraire modèle au sens immanent de modèle de réalisation par rapport à une axiomatique, laquelle axiomatique est seule et a pris le rôle de… du modèle ancienne manière.

 

Vous comprenez? Normalement vous devriez pas bien… euh… comprendre parce que… parce qu’on n’a pas dit ce que c’était qu’une axiomatique. Si bien que, notre tâche maintenant, elle serait double. Elle serait double, comprenez. Voilà la tâche qui nous reste, je crois, elle serait triple... non… oui, je sais pas. Première tâche : qu’est-ce que ça veut dire cette comparaison entre la situation politique économique du monde et une notion mathématique très précise comme celle d’axiomatique? Voilà ma première question contre moi-même. Je veux dire, quoi, qu’est-ce que ça veut dire… euh… est-ce que c’est une métaphore… c’est pour faire quoi? C’est… euh… ça prétend à quoi? Qu’est-ce que ça veut dire? C’est… c’est… En apparence c’est idiot. C’est idiot. Enfin c’est pas malin, quoi. C’est facile, d’abord, c’est… Donc nécessité de… voire, là, même quitte à faire un détour, on a le temps, qu’est-ce que, au juste, qu’est-ce que c’est exactement en mathématique qu’une axiomatique? Et, dès lors, est-ce qu’on peut se servir de cette notion pour qualifier la situation internationale moderne autrement qu’à titre métaphorique? Voilà. Vous sentez mon… ma tendance à souhaiter répondre : c’est bien autre chose qu’une métaphore. Le capitalisme est vraiment une axiomatique, compte tenu de ce que les mathématiciens appellent une axiomatique, et c’est autre chose qu’une métaphore. Mais encore faudrait-il le justifier. Deuxième question : dès lors, si le terme « axiomatique » peut être transporté, transféré à la situation économique et politique mondiale, comment apparaît cette situation? Et quel est le rôle de l’Etat dans cette situation? Voilà c’est mes deux problèmes. Si je réponds à ces deux problèmes, on aurait en gros fini… euh… euh… cette série sur l’appareil d’Etat. Alors voilà. Donc il faut que vous consentiez à ce que on passera par une assez longue… euh… pas très longue mais un peu, où on oubliera tout, c’est-à-dire on se demandera : qu’est-ce que c’est au juste qu’une axiomatique  en mathématiques? Surtout que c’est très rigolo, c’est très… très récréatif… euh… Et c’est à partir de là qu’on retrouvera nos problèmes politiques. Quelle heure est-il?

 

Un homme dans l’assistance: midi et quart

 

Une femme dans l’assistance : et quart, midi vingt.

 

Deleuze : ahhh. Midi vingt? Alors on peut commencer, si vous êtes… euh… ou bien se reposer, ou bien vous en avez assez, vous le dites… euh… Ou bien on parle d’autre chose, ou bien je commence un peu à esquisser ce que c’est qu’une axiomatique? Parce que je peux le faire, oui, assez rapidement, quitte à ce que, vous, vous réfléchissiez. Parce que… Et que après les vacances … euh… vous m’apportiez des choses … euh… Vous êtes fatigués ou on continue un peu?

 

Un homme dans l’assistance : [?]très rigolo !

 

Deleuze : tu vas bien toi?

 

L’homme : très rigolo, passionnant !

 

Voix féminine dans l’assistance : on continue !

 

Deleuze : alors, écoutez, pas pour longtemps, parce que… je sens la fatigue, quand même. Voilà je pose des questions… je fais un appel, comme j’en ai fait plusieurs fois et tantôt ça a marché, tantôt ça marche pas beaucoup. Je fais un appel pour que certains d’entre vous, par exemple ceux qui ont fait un peu de mathématiques, reprennent des choses qu’ils savent, hein, sur… euh… sur l’axiomatique et que… euh… à la rentrée on gonfle tout ça. Ben je pars avec deux choses de base, très très simples, puisque je pense aussi à ceux qui ont pas fait du tout de mathématiques. Il y a un livre classique très bon d’un… d’un logicien français qui s’appelle Robert Blanché aux Presses Universitaires de France, vous savez dans les collections d’enseignement supérieur, mais Blanché était un très bon logicien, b-l-a-n-c-h-é, qui s’appelle L’axiomatique. Pour ceux qui savent rien du tout, s’il y en a, … euh… vous auriez déjà une idée, hein.

 

Et, d’autre part, pour ceux qui savent un peu plus, je rappelle que il y a en France … euh… - je dis pas que ce soit pas … euh… dépassé, j’en sais rien, d’ailleurs, mais les choses changent tellement dans le domaine de l’axiomatique  comme dans tous les domaines de mathématiques - il y avait une série de volumes faisant autorité en France, sous le nom… publié sous le nom de Bourbaki. Je dis « publié sous le nom de Bourbaki » puisque « Bourbaki » désignait un cercle de mathématiciens qui groupait d’ailleurs, il faut le dire, les meilleurs mathématiciens, parmi les meilleurs mathématiciens français, et qui ont fait une très très vaste axiomatique qui a été publiée chez Hermann. Or cette axiomatique de Bourbaki, qui est [?] classique sous le nom de… de Bourbaki, cette axiomatique de Bourbaki… - c’est plutôt plusieurs axiomatiques, il s’agit d’une axiomatisation de l’ensemble des mathématiques - … euh… cette axiomatique comporte des… des considérations introductives, ou bien dans des appendices où Bourbaki… euh… essaie d’expliquer un peu. Et je voudrais simplifier beaucoup un exemple qu’il donne. Ah, comme ça, citant me sources, et voilà. Je dis : qu’est-ce qui… qu’est-ce que ce serait? C’est ma première remarque.

 

Bourbaki nous dit, eh ben, en gros, en gros, il dit : voilà, il y a une axiomatique chaque fois que vous vous trouvez devant…, ou chaque fois que vous construisez des relations… chaque fois que vous déterminez des relations entre éléments non spécifiés. Entre éléments non spécifiés : c’est-à-dire ces relations, elles vont s’établir… Ces relations, symbolisons-les par : grand r entre parenthèses. Vous voyez, si [j’écris?] au tableau, je ferai un grand R entre parenthèses. Chaque fois que vous avez un système de relations entre éléments non spécifiés, vous êtes dans le domaine d’une axiomatique. On comprend, mais on se dit, mais qu’est-ce que c’est que ça? De quoi il parle, là? Moi je propose, parce que ça va… ça me servira beaucoup pour … euh… après, des relations entre éléments non spécifiés et je me dis : il faut un nom spécial. Je propose comme ça, pour moi, par commodité, le terme de « relation fonctionnelle ». Et je distinguerai, à ce moment-là, les relations fonctionnelles et  les relations formelles. Les relations formelles étant des relations entre éléments spécifiques, spécifiables et les relations fonctionnelles étant des relations entre éléments non-spécifiables. Donc je dirai : bon, il y a axiomatique lorsque l’on se trouve devant un ensemble de relations fonctionnelles entre éléments non-spécifiques. Symbole de cette relation : x, petit x, grand r, y [xRy]. Je dirais, euh, il y a… je lis cette… euh… vous voyez, ce symbolisme, c’est pas celui de Bourbaki, hein, je le simplifie, moi, beaucoup… euh… pour mon usage et pour le vôtre, je lis cette formule, j’ai le droit arbitrairement : il y a une relation fonctionnelle entre x y comme éléments quelconques.

 

Voilà. Et supposez que je définisse trois r. Trois grand R. Ceux que ça intéresse je vous demande presque, pour y réfléchir un peu de… faut le  prendre en note, sinon vous vous le rappellerez pas. Ceux que ça intéresse pas, vous le prenez pas… aucune importance. Mais c’est ça l’avantage de réunir, il me semble… euh… un public… euh… dont les soucis sont très différents. Vous choisissez vous-mêmes. Je dis : première relation… Je vais définir, là - comprenez ce que je suis en train de faire - je vais définir une axiomatique avec trois relations, trois grand R. Je dis : première relation, à deux éléments quelconques x y, un troisième, z, correspond nécessairement. A deux éléments quelconques x y, un troisième correspond nécessairement. Un troisième, z, correspond nécessairement. Voilà mon premier grand R, ma première relation. Deuxième relation : il y a un élément petit e… il y a un élément petit e tel que, pour tout élément x, on ait xRe = eRx = x. Je reconnais là un deuxième axiome. Je relis : il y a un élément petit e tel que, pour tout élément x, on ait xRe = eRx = x. Troisième, hein, troisième et dernier… il y en a beaucoup d’autres, mais j’en prends trois, je prends une axiomatique à trois axiomes. Pour tout élément x, pour tout élément x, il y a un élément x prime, tel que xRx’ = x’Rx = e. Vous allez tout comprendre, je vous assure, vous allez tout comprendre [rires]. Je termine avec… euh… juste une première remarque. Première remarque. Si vous vous trouvez… quelque chose… il faut beaucoup jouer… co… comme on sait rien, nous, hein, il faut se fier un peu… je sais pas quoi de pressentiment… si je me trouve devant un truc comme ça, je me dis : tiens, c’est pas la même chose que de la formalisation. En d’autres termes je… je sais pas encore pourquoi, mais je le sens. Alors... euh… ça arrive qu’on sente des choses fausses, bien sûr, mais je me dis : c’est pas de la formalisation, on devrait pouvoir, à partir de là, arriver à distinguer même mieux que des logiciens ne l’ont fait la formalisation logique et l’axiomatisation. Je dis pas que ce soit nouveau, il y a beaucoup de gens qui ont essayé de distinguer formalisation et axiomatisation, mais… vous devez sentir que c’est un procédé qui n’est pas de formalisation, qui est d’une autre nature. Ces relations fonctionnelles entre objets quelconques, il y a aucun indice de spécification d’objet là-dedans.

 

(3)

 

… deux modèles de réalisation. Les deux modèles de réalisation que cette axiomatique à trois axiomes comporte, c’est déjà… - me faites pas dire des bêtises, hein, je dis pas « c’est les seuls », je retiens les deux les plus simples – l’addition des nombres réels, on va le vérifier, tout de suite, là, ça va être facile, l’addition des nombres réels, les nombres réels c’est, vous le savez, les nombres positifs, négatifs ou nuls. L’addition des nombres réels : premier modèle de réalisation. Deuxième modèle de réalisation : la composition des déplacements dans l’espace euclidien à trois dimensions. Composition des déplacements, une opération très simple, la composition des déplacements dans l’espace euclidien. Bon. Ces deux modèles de réalisation sont absolument indépendants l’un de l’autre. Ça, c’est une remarque, aussi, dont j’aurai très besoin. Ils sont absolument hétérogènes. Ils sont indépendants. Essayons : qu’est-ce que ça donne? Vous retenez : addition des nombres réels et composition des déplacements. Mon premier axiome : à deux éléments, x y, un troisième z correspond nécessairement, sous la clause de grand R, c’est-à-dire de la relation. Dans le cas des nombres réels, la relation, c’est l’addition. C’est le modèle de réalisation, c’est l’addition. Et ben, en effet, à deux nombres réels quelconques, x, y, un troisième… vous voyez que je spécifie mes éléments… par rapport et dans le domaine de réalisation. Dans l’axiomatique j’avais pas besoin de les spécifier. Donc il y a aucune contradiction.

 

Si, maintenant je les spécifie, c’est puisque je cherche justement les modèles de réalisation. Donc : à deux éléments, à deux nombres réels quelconques, x et y, un troisième correspond nécessairement sous la règle de l’addition. Voyez que cet axiome, il est vérifié par l’addition. Mais ce serait vrai aussi de la multiplication. Donc un axiome suffit pas évidemment à définir mon… mon axiomatique. Je dis juste : si vous me donnez deux nombres réels, bon, ben, sous la règle de l’addition, ils sont additionnables et ça donne un troisième. Ça donne z. De même deux déplacements dans l’espace euclidien sont composables, R désignant à ce moment-là la composabilité tout comme R tout à l’heure définissait l’additionnabilité.

 

Deuxième axiome. Alors, là, euh… on fait un concours, hein, ceux que ça intéresse bien sûr. Vous allez trouver tout de suite, dans les deux cas et ça va être très très, très très, très très plaisant, ça. Vous vous rappelez : il y a un élément e tel que pour tout élément x, on ait – vous vous mettez dans la situation des nombres réels, de l’addition des nombres réels – donc, si je traduis mon axiome, ça donne : il y a un élément e tel que pour tout élément x, c’est-à-dire pour tout nombre réel, on ait : e + x = x + e = x… [Il applaudit] [rires] formidable, formidable. C’est zéro, hein. C’est zéro. Ou c’est, dans la composition des déplacements, il y a un concept très spécial qui est ce que l’on appelle le déplacement identique. Le déplacement identique qui laisse fixe chaque point de l’espace. Donc, voyez, suivant le… suivant… - et ça n’a rien à voir, zéro et le déplacement identique, c’est deux notions tout à fait hétérogènes. Suivant le modèle de réalisation, mon axiome s’effectue avec le zéro… mon deuxième axiome s’effectue avec zéro ou avec déplacement identique.

 

Troisièmement : pour tout élément x… - vous pensez en termes d’addition des nombres réels - pour tout élément x, il existe x’ tel que x + x’ = x’ + x = e c’est-à-dire zéro. Ben, par rapport à x, c’est - x, c’est le nombre négatif. C’est le nombre négatif. Pour les déplacements, c’est ce que l’on appelle, dans ce modèle de réalisation, le déplacement inverse. Je dis, donc… Ah… je peux maintenant compléter ma définition et dire : on appelle « axiomatique » un ensemble de relations fonctionnelles entre éléments non-spécifiés qui s’incarnent ou qui s’effectuent dans les relations formelles et les éléments qualifiés ou spécifiés propres à chacun de ces domaines de réalisation, de ces modèles de réalisation. Je confirme mon impression que c’est complètement différent d’une démarche de formalisation logique. Pourquoi? Parce que, dans une axiomatique, vous avez un ensemble de relations fonctionnelles entre éléments non-spécifiés qui baignent de manière immanente les modèles de réalisation en même temps que les modèles de réalisation effectuent directement, chacun pour son compte, effectuent directement, chacun dans son hétérogénéité, chacun dans son… pour son compte, les relations de l’axiomatique. Bon, en quoi c’est différent de…? Là-dessus, si vous… vous réfléchirez. Il est bien évident qu’un procédé d’axiomatisation rencontre énormément de problèmes. Quels sont ces problèmes? J’essaie vite de les classer pour que vous y pensiez et, au besoin, pour que vous en trouviez d’autres. Je dirais : premier problème concernant les modèles de réalisation ; les modèles de réalisation d’une même axiomatique sont hétérogènes les uns par rapport aux autres, pourtant ils réalisent la même axiomatique.

 

D’où la notion proprement axiomatique de « isomorphie ». On dira qu’ils peuvent être hétérogènes, ils n’en sont pas moins isomorphes par rapport… ils ne sont pas homogènes, mais isomorphes par rapport à l’axiomatique. Donc, question fondamentale : dans quelle mesure les modèles d’une même axiomatique sont-ils et peuvent-ils être à la fois hétérogènes et à la fois isomorphes? N’y a-t-il pas des cas, mêmes, où l’on doit concevoir une hétéromorphie des modèles qui, pourtant, renvoient à une même axiomatique? Qu’est-ce que j’ai dans la tête? Vus pouvez le comprendre que si se confirmait l’idée que c’est pas une simple métaphore, la comparaison de la situation mondiale à une axiomatique, on se trouvera devant le problème… les types d’Etat aujourd’hui... Si l’on accepte notre hypothèse que les appareils d’Etat sont des modèles de réalisation de l’axiomatique. Bon dans quelle mesure y-a-t-il une homogénéité de tous les types d’appareils d’Etat, mais même s’ils sont pas du tout homogènes, ils peuvent être quand même isomorphes par rapport à l’axiomatique, à ce moment-là il faudrait parler d’une isomorphie des Etats les plus divers… [?] peut-être même que… euh… l’axiomatique supporte et implique une véritable polymorphie ou hétéromorphie, en tout cas on ne pourra pas confondre hétérogénéité, isomorphie, hétéromorphie etc. Deuxième problème : chaque axiome, vous le voyez facilement dans mon exemple précédent, est indépendant des autres. C’est même par là que c’est pas un théorème. Un théorème, c’est la proposition qui dépend d’autres propositions. Un axiome est une proposition qui ne dépend pas d’une proposition préalable. Si je peux engendrer un de mes axiomes à partir d’autres axiomes, c’est pas un axiome, c’est un théorème.

 

Eh ben… eh ben… les axiomes sont indépendants, et pourtant ils forment un ensemble et cet ensemble a, en droit, une limite. Qu’est-ce que c’est que cette limite? Qu’est-ce que c’est que la limite d’une axiomatique? La limite d’une axiomatique, c’est facile à définir, c’est le point où l’on ne peut pas ajouter un axiome en plus – les axiomes étant indépendants, on peut en ajouter, j’aurais pu me contenter de 2 axiomes dans l’exemple que je vous ai donné, j’en ai mis un troisième ; Bourbaki, lui, il en met plein d’autres – eh ben… euh… la limite d’une axiomatique, c’est le point où l’on ne peut pas ajouter de nouvel axiome sans que le système ne devienne contradictoire. On dit, à ce moment-là, que l’axiomatique… considérez que cette axiomatique est saturée. C’est le problème de la saturation ou de la limite, des limites d’une axiomatique. Système saturé : lorsqu’on ne peut plus ajouter d’axiome sans rendre l’ensemble contradictoire.

 

Bon. Je dis, là aussi, on aura à se trouver devant le problème, il y a un fameux problème : le problème du rapport du capitalisme avec les limites du capitalisme. Et qu’est-ce que veut dire « les limites »? Et qu’est-ce que veut dire la manière dont le capitalisme, comme dit Marx, ne cesse de repousser, de déplacer ses propres limites. Peut-on parler d’une saturation du capitalisme? On voit bien qu’il y a un problème semblable actuellement. Quand il y a des gens qui disent : la fin des ressources. La fin des ressources, bon, d’accord, alors, est-ce que ça veut dire que le système est saturé? Et qu’est-ce que ça veut dire que le système est saturé? Je veux dire, là, j’ai l’impression que c’est plus tout à fait de la métaphore, on retrouve ce thème de la saturation dans toute la situation politique mondiale. Euh… bon, il y a des seuils de saturation. Il y a une crise urbaine, on nous dit, il y a une crise des flux de matière première. Il y a une crise de ceci, de cela.

 

Bon, ça veut dire : saturation. On nous dit que dans les villes, l’électricité, bon…, elle est au point de saturation. Est-ce que c’est par hasard qu’on trouve cette notion? Voilà le deuxième problème qu’on aura à voir : qu’est-ce que veut dire les limites ou la saturation d’une axiomatique? Troisième problème : un des grands moments de l’axiomatique a été la découverte par… par… par un axiomaticien célèbre, du phénomène suivant. C’est que… là je la résume énormément, hein, parce que il faut juste en retenir un esprit, quoi… euh… on pourrait l’énoncer ainsi : c’est que dans toute axiomatique un peu complexe, comportant un grand nombre d’axiomes, cette axiomatique comporte nécessairement un modèle de réalisation dans les nombres dits naturels – vous chercherez dans le Petit Larousse, hein, ce que c’est que les nombres naturels, hein, que vous vous fassiez un… - dans les nombres naturels. Euh… bon, supposons, retenons ça, juste. Or les nombres naturels définissent ou appartiennent à des ensembles dits dénombrables. Ensembles dénombrables. D’où une grande inquiétude et ça a été une des premières grandes crises de l’axiomatique : l’idée que ce qu’on appelle en mathématiques [et peu importe?] les ensembles non-dénombrables avaient une puissance qui les faisait échapper à l’axiomatique. Que l’axiomatique ne pouvait pas dépasser la puissance du dénombrable. Exemple de puissance qui excède la puissance du dénombrable : eh ben il y a une puissance célèbre, la puissance du continu, c’est-à-dire la puissance des points sur une… composant une ligne. Cette la puissance du continu, c’est une puissance du non-dénombrable… de… d’un ensemble non-dénombrable.

 

Bon. Donc l’axiomatique… là, c’est plus la question des limites, c’est la question d’une puissance supérieure, puissance irréductible à l’axiomatique et pourtant en rapport avec elle et qui serait comme une puissance du non-dénombrable, alors que l’axiomatique opère dans des ensemble au besoin infini, mais dénombrables. Est-ce qu’il y a moyen, pour les axiomaticiens, de surmonter cette difficulté? Est-ce que cette difficulté est fondamentale? Ça, peu importe. Je dis : notre troisième problème, ce serait le problème de la puissance dans ses rapports avec l’axiomatique Si je continue ce qui, pour le moment, n’est pour nous que métaphore, qu’est-ce qu’on veut dire quand on dit si… Est… est-ce que veut dire quelque chose la proposition suivante : que l’axiomatique mondiale dégage, d’une certaine manière, une puissance qu’elle n’est pas certaine elle-même de contrôler? Vous me direz : oh ben oui, ça on voit ce que ça veut dire, c’est toutes les visions apocalyptiques, hein… Euh… c’est… c’est les visions millénaristes actuelles, ça a été la bombe atomique, c’est maintenant… bon… tout ça…

 

Bon est-ce qu’il y a quelque chose à en tirer pour nous? Et sous quelles conditions? Les rapports d’une axiomatique du capital avec une puissance du non-dénombrable. On verra bien. Est-ce que c’est une métaphore ou est-ce que c’est mieux qu’une métaphore? Dernier point : un autre… une autre grande crise de l’axiomatique s’est produite lorsqu’un axiomaticien a pu démontrer des théorèmes, une série de théorèmes célèbres d’après lesquels, dans la tentative pour axiomatiser l’arithmétique, qui semblait précisément un des domaines les plus faciles, les plus riches pour l’axiomatique… [?] euh… dans cette tentative, eh bien, se faisait nécessairement la rencontre avec des propositions que cet axiomaticien nommait « indécidables ». « Propositions indécidables », ce qui ne veut pas dire des propositions dont on ne saisit pas les conséquences, mais des propositions dont on ne peut pas démontrer, en les rapportant au système d’axiomes, si elles sont vraies ou non-vraies, c’est-à-dire qui mettent en question le principe du tiers-exclu. On ne peut pas démontrer si elles sont vraies ou fausses, en ce sens elles sont indécidables.

 

Donc mon troisième problème… mon quatrième… c’est mon quatrième problème,  je sais plus… mon quatrième problème, c’est : est-ce que toute axiomatique, y compris l’axiomatique mondiale supposée, comporte un certain type et un certain nombre de propositions qu’on serait en droit d’appeler des propositions indécidables, et qui seraient évidemment notre dernier espoir, parce que… sinon il n’y a plus beaucoup, il n’y a pas beaucoup de… d’espoir, s’il n’y a pas des propositions indécidables. Euh… Alors comprenez, ça veut pas du tout dire… Par exemple… euh… je distingue… euh… des propositions… euh… imprévisibles mêmes, il est connu que aucun économiste et aucun banquier ne peut prévoir l’augmentation d’une masse monétaire. On ne prévoit pas l’augmentation d’une masse monétaire, ça veut pas dire que l’augmentation d’une masse monétaire soit une proposition indécidable dans le système, parce que sa non-prévisibilité fait particulièrement… fait absolument partie du système d’axiomes et renvoie au système d’axiomes. C’est pas ça. Mais est-ce qu’il y a des propositions telles que, alors cette fois-ci ce sera pas leur vérité et leur fausseté, ce sera quoi? Ben ce sera leur capacité de rester dans le système ou bien de sortir de l’axiomatique et de… de réagir contre l’axiomatique, mais réagir comment? Est-ce que toute axiomatique engendre et secrète ses propositions indécidables? Voilà, vous voyez, moi je vois ces problèmes, mais enfin c’est comme ça…vous… vous réfléchissez bien et puis on reprend après… euh… Vous vouliez dire quelque chose?

 

Voix masculine : inaudible

 

Deleuze : oui? C’est quoi? On pourrait l’utiliser là? Ce serait épatant si vous le faisiez, vous. Non, vous êtes pas assez… euh…? Non, je vous demande parce que si vous avez la moindre … euh… Pensez-y, si vous voyez le moyen de… la prochaine fois, d’en parler, ça oui. Oui, tout à fait. Eh bien voilà.